ACTE II, SCÈ.NE V
Toute une ville entière , avec pompe bâtie, Semble d'un vieux fossé j>ar miracle sortie , El nous fait présumer, à ses superbes toits , Que tous ses habitants sont des dieux ou des rois. Mais cliangeons de discours. Ta sais combien je t'aime?
DORV.VTE.
Je chéris cet homieur bien plus que le jour même.
CÉROME.
Comme de mon hymen il n'est sorti que toi , Et que je te vois prendre uu périlleux emploi , Où l'ardeur pour la gloire à tout oser convie, Et force à tout moment de négliger la vie ; Avant qu'aucun maliieur te puisse être avenu , Pour te faire marcher un peu plus retenu , Je te veux marier.
DORANTE, à part.
0 ma chère Lucrèce ! *
GERO.NTE.
Je t'ai voulu choisir moi-même une maîtresse, Honnête, belle, riche.
DORAXTE.
Ah : pour la bien choisir, Mon père, donnez-vous un peu plus de loisir.
CÉROXTE.
Je la connais assez. Clarice est belle et sage Autant que dans Paris il en soit de son âge ; Son père de tout temps est mon plus grand ami , Et l'affaire est conclue.
DORANTE
Ah ! monsieur, j'en frémi; D'un fardeau si pesant accabler ma jeunesse S
GÉROMTE.
Fais ce que je t'ordonne. > . • t ■!
de Paru n'ali-nl cornmencé à se mulUpIler que vers le milieu du siècle de LouLs XIV, cependant la simple architecture du palais Cardinal ne devait pas paraître si superbe aui Parisiens , qui avaient déjà le Louvre et le Luxembourg. 11 n'e^t pas surprenant que Corneille, dans ses vers, cherchât à louer Indirectement le cardinal de Richelieu, qui protégea beaucoup celte pièce, et même donna des babils à quelques acteurt. Il était mourant alors, en 1642, et il cherchait à se dissiper par ces amusements. iv.)
DORANTE, à part.
Il faut joaer d'adresse.
(haut.) Quoi! monsieur, à présent qu'il faut (lans les combats Acquérir quelque nom , et signaler mou bras...
CÉRONTE.
Avant qu'être au hasard qu'un autre bras t'immole, Je veux dans ma maison avoir qui m'en console; Je veux qu'un petit-fils puisse y tenir ton rang, Soutenir ma vieillesse , et réparer mon sang. En un mot, je le veux.
DORA.NTE.
Vous êtes inflexible?
CÉRO.NTE.
Fais ce que je te dis.
DORAME.
Mais s'il est impossible ?
GEROME.
Impossible! et comment?
nORANTE.
Souffrez qu'aux yeux de tous.
Pour obtenir pardon j'embrasse vos genoux. Je suis...
CÉRONTE.
Quoi?
Dans Poitiers...
CÉRONTE.
Parle donc , et te lève.
DORANTE
Je sois donc marié , puisqu'il faut que j'achève.
GÉRONTE
Sans mon consentement?
DORANTE
On m'a violenté :
Vous ferez tout casser par votre autorité ; Mais nous fûmes tous deux forcés à l'hyménée Par la fatalité la plus inopinée...
Ah ! si vous le saviez I
CÉRONTE.
Dis , ne me cache rien.