ACTE V, SCLNE
Es(-il quelque faiblesse, est-il quel<iuc action
Dont un cœur vraiment noble ait plus d'aversion,
Puisqu'un seul <1émenli lui porte une infamie
Qu'il ne peut effacer s'il n'expose sa vie,
Et si dedans le sang il ne lave l'alTront
Qu'un si honteux outrage imprime sur son front?
DORANTE
Qui VOUS dit que je mens.'
CÉRONTE.
Qui me ledit, infâme?
Dis-moi , si tu le peux , dis le nom de ta femme. Le conte qu'hier au soir tu m'en fis publier... CLITON , bas, à Dorante.
Dites que le sommeil vous l'a fait oublier.
GÉRONTE
Ajoute , ajoute encore avec effronterie
Le nom de ton beau-père et de sa seigneurie ;
Invente à m'éblouir quelques nouveaux détours.
CLITOX , bas, à Doraule.
Appelez la mémoire ou l'esprit au secours.
GÉRONTE
De quel front cependant faut-il que je confesse Que ton effronterie a surpris ma vieillesse , Qu'un homme de mon âge a cru légèrement Ce qu'un homme du tien débite impudemment? Tu me fais donc servir de fable et de risée , Passer pour esprit faible , et pour cervelle usée ! Mais , dis-moi , te portais-je à la gorge un poignard ? Voyais-tu violence ou courroux de ma part? Si quelque aversion t'éloignait de Clarice, Quel besoin avais-tu d'un si lâche artifice? Et pouvais-tu douter que mon consentement Ne dût tout accorder à ton contentement. Puisque mon indulgence , au dernier point venue. Consentait ' à tes yeux l'hymen d'une inconnue ? Ce grand excès d'amour que Je t'ai témoigné N'a point touché ton cœur , ou ne l'a point gagné :
• Consentir est un verbe neutre qui régit le datif, c'est-à-dire notre préposition à , qui sert de datif. On ne dit pas consentir quelque e/tose . nais o quelque chose. Dans quelaues éditions, on a substitua approuvait k consentait. i^-)
Ingrat , tu m'as payé d'une impudente feinte , Et tu n'as eu pour moi respect, amour, ni crainte. Va , je te désavoue.
DORANTE
Eh! mon père, écoutez.
GÉRONTE
Quoi? des contes en l'air et sur l'iicore inventés ?
DORA>TE
Non , la vérité pure.
GÉRONTE
En est-il dans ta bouche ?
CUTON , bas , à Dorante.
' Voici pour votre adresse une assez rude touche.
DORANTE
Épris d'une beauté qu'à peine j'ai pu voir
Qu'elle a pris sur mon âme un absolu pouvoir ,
De Lucrèce, en un mot : vous la pouvez connaître...
GÉRONTE
Dis vrai : je la connais , et ceux qui l'ont fait naître; Son père est mon ami.
DORANTE
Mon cœur en un moment Étant de ses regards charmé si puissamment , Le choix que vos bontés avaient fait de Clarice , Sitôt que je le sus , me parut un supplice : Mais comme j'ignorais si Lucrèce et son sort Pouvaient avec le vôtre avoir quelque rapport , Je n'osai pas eucor vous découvrir la flamme Que venaient ses beautés d'allumer dans mon àme; Et j'avais ignoré , monsieur , jusqu'à ce jour Que l'adresse d'esprit fût un crime en amour. Mais , si je vous osais demandei quelque grâce , A présent que je sais et son bien et sa race , Je vous conjurerais , par les nœuds les plus doux Dont l'amour et le sang puissent m'unir à vous , De seconder mes vœux auprès de cette belle : Obtenez-la d'un père , et je l'obtiendrai d'elle.
GÉROXTE.
Tu me fourbes eucor.
DORVNTE-
Si vous ne m'en croy ^ »