V. KODKIGLE
In monieiit.
CIllMtiNE.
Va , laisse-moi iiiourir.
D. liODUICUE.
Quatre mois seulement; Après, ne me réponds quavecque cette épée.
CnillÈNE.
Quoi! du sang de mon père encor toute trem|iée!
D. l'.ODKIGLE.
Ma Cliimène...
CHIUÈNE.
Ote-moi cet objet odieux , Qui reproche Ion criiue et tii vie à mes jei;\.
D. UODIUGLE.
llegarde-le plutôt pour exciter ta haine , Pour croître ta colère, et pour hâter ma peine.
CUlllb^E.
•1 est teint de mon sang.
D. RODRIGUE
Plonge-le dans le mien ; Et fais-lui perdre ainsi la teinture du tien ■.
CHIMICNE.
Ah ! quelle cruauté, qui tout en un jour tue Le père par le fer, la fille jiar la vuel Ole-moi cet objet , je ne le puis souffrir : Tu veux que je t'ccoute, et tu me fais mourir 1
D. RODRIGtE.
Je fais ce que lu veux, mais sans quitter l'envie De finir par tes mains ma déplorable vie ; Car enfin n'attends pas de mon affection Un lâche repentir d'une bonne action.
L'irréparable effet d'une chaleur trop prompte Déshonorait mon père, et me couvrait de honte. Tu sais comme un soufflet touche un honune de cœur. J'avais part à l'affront, j'en ai cherché l'auteur :
• Cela na point été repris par r.\c;uléiiiie ; mais je doute c C cmie Iciiilurc réussit aujourd'hui. Le desespoir u'a pas de réflexions ai fines • une épée est également rougie de quelque sang que ce soit ; ce n'e-l point du 11 u'. uue teinture différente. Il faut ipiune métapliore soU mluri-llc , vraie, lumineuse, quelle éiliapp<' ù la passion. (V.)
Je l'ai vu , j'ai veni^é mou honneur tl mou père;
Je le l'erais cncor, si j'avais à le faire :
Ce n'est pas <in'. n eflet , contre mon [lère et moi ,
Ma llanuue assez longtemps n'ait combattu pour toi;
Juye de son [louvoir • dans une telle olïense
J'ai pu délibérer si j'en prendrais vengeance.
Réduit à te déplaire , ou souffrir un affront ,
J'ai pensé qu'a son tour mon bras était trop prompt ,
Je me suis accusé de trop de violence ;
lit ta beauté, sans doute, emportait la balance,
A moins que d'opposer à tes plus forts appas
Qu'un homme sans honneur ne te méritait pas;
Que , malgré cette part que j'avais en ton àme ,
Qui m'aima généreux me haïrait infâme;
Qu'écouter ton auiour, obéir à sa ^ oix ,
C'était m'en rendre indigne et diffamer ton choix.
Je te le dis encore , et , quoique j'en soujiire ,
Jusqu'au dernier soupir je veux bien le redire;
Je t'ai fait une offense , et j'ai dû m'y porter
l'our effacer ma honte , et pour te mériter ;
Mais, quitte envers l'honneur, et quitte envers mou perc,
C'est maintenant à toi que je viens satisfaire :
C'est pour t'offrir mon sang qu'en ce lieu tu me vois.
J'ai fait ce que j'ai dii , je fais et que je dois.
Je sais qu'un père mort t'arme contre mon crime ;
Je ne t'ai pas Voulu dérober ta victime :
Immole avec courage au sang cpi'il a perdu
Celui qui met sa gloire à l'avoir répandu.
CH151ÈNE.
Ah , Rodrigue 1 il est vrai , quoique ton ennemie , Je ne te ))uis blâmer d'avoh- fui l'infamie ; Et, de quelque façon qu'éelatent mes douleurs. Je ne t'accuse point , je pleure mes malheurs. Je sais ce que l'honneur, après un tel outrage, Demandait à l'ardeur d'un généreux courage . Tu n"as fait le devoir que d'un homme de bien; Mais aussi , le faisant , tu m'as appris le uden. Ta funeste valeur m'instruit par la victoire; y.We a vengé ton père et soutenu ta gloiie : .Mènje soin me regarde , et j'ai , pour m'aflliaer, Ma gloire à soutenir, et mou père à venger.
ACTt 111, SCI.NL: IV. (il
Ht'las! ton intérêt ici me désespère.
Si quelque autre mallieiir m'avait ravi moii père , '|^
.Mitii âme aurait trouvé dans le bien tle te voir
L'niiiqne allégement qu'elle eût pu recevoir;
Ht contre ma douleur j'aurais senti des charmes,
Quand une main si clière eut essuyé mes larmes.
Mais il me tant le (lerdre après l'avoir (lerdii :
Cet elîort sur ma flanmie à mon honneur est du ;
Et cet aftreux devoir, dont l'ordre m'assassine ,
Me force à travailler moi-môme à ta ruine.
Car enfin , n'attends pas de m )n nfl'ection
De lâches sentiments pour ta |)unition.
De quoi qu'en ta fa\eur notre amour m'entretienne ,
Ma f^énérosité doit répoudre à la tienne :
Tu t'es, en m'offensaut, montre di;^ne de moi;
Je me dois, par ta mort , montrer digne de toi.
l>. liODliK.UE.
Ne dillère donc plus ce que l'Iioimeur t'ordonne;
Il demande ma tôle, et je te rabandonne;
I*'ais-en un sacrilice à ce noble intérêt;
Le coup m'en sera doux , aussi bien que l'arrêt.
Attendre après mou crime une lente justice, ' .
C'est reculer ta gloire autant que mon sujiplice.
Je mourrai troj) heureux mourant d'un coup si beau.
Va , je suis ta partie , et non pas ton bourreau. ^.X'A-*^^''"^'^ Si tu m'olîies ta tête, est-ce à moi de la i)reudre? Je la dois attaquer, mais tu dois la détendre ; C'est d'un autre que toi (ju'il me faut l'obtenir, Et je dois te poursuivre, et non pas te punir.
I). KODIUGIE.
De quoi qu'en ma faveur notre amour t'entretienne, Ta générosité doit réiiondre à la mienne ; Et pour venger un père emprunter d'autres bras , .Ma Cbimène, crois-moi, c'est n'y répondre |)as : Ma main seule du iiùeu a su venger l'offense , Ta main seule du tien doit prendre la vengeance.
chimLxk.
Cruel ! à quel propos sur ce point t'obsliner.' Tu t'es vengé sans aide, et tu m'en veux doniicr! Je suivrai ton exemple, et j'ai trop dcco!'.M:;e