‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 72 sur 386 · HORACE , SAB1>'E , CURLACE , CAMILLE · texte numérisé non relu

HORACE , SAB1>'E , CURLACE , CAMILLE

CURIACE

Dieux 1 Sabine le suit : Pour ébranler mon cœur, Est-ce peu de Camille.' y joignez-vous ma sœur .'

• J'ose penser qu'il y a ici plus d'artifice et de subtilité que de nati.'rel. On sent trop que Curiace ne parle pas sérieusement. Ce trait de rhéteur refroidit; mais Camille répond avec des sentiments si vrais . qu'elle couvre tout d'un coup ce petit défaut i\.)

' ... Quel malheur, si l'amour de sa femme

Ne peut QOQ plus sur lui que le mien sur ton àme!

n'est pas français; la grammaire demande , ne peut pas plus sur lui. Ces deux vers ne sont pas bien faiL'i. Il ne faut pas s'attendre à trouver dans Corneille la pureté, la correction, l'elégance du style : ce mérite ne fut connu que dans les beaux jours du siècle de Louis XIV. C'est une réllexion que les lecteurs doivent faire souvent pour justilicr Corneille, et pour excuser la multitude des notes du commentat^-ur. (V.)

ACÏl:; 11, SCÉ.NE YI. 175

Et , laissant à ses pleurs vaincre ce grand courage, L'amenez-Yous ici chercher môme avantage ?

SABINE

Non , non , mon frère , non ; je ne viens en ce lien

Que pour vous embrasser et pour vous dire adieu.

Votre sang est Iroj! bon , n'en craignez rien de lâclie ,

Kien dont la fermeté de ces grands cccurs se fâche ' :

Si ce malheur illustre ébranlait l'un de vous ,

Je le désavouerais pour frère ou pour époux.

Pourrai-je toutefois vous faire une prière

Digne d'un tel époux , et digne d'un tel hère?

Je veux d'un coup si noble ôter l'impiété,

A l'honneur qui l'attend rendre sa puielé ,

La mettre en son éclat sans mélange de crimes; !

Kniin , je vous veux faire ennemis légitimes.

Du saint nœud qui vous joint je suis le seul lien :

Quand je uc serai plus , vous ne vous serez rien.

lîrisez votre alliance, et rompez-en la chaîne ;

Kt , puisque votre honneur veut des effets de haine,

Achetez par ma mort le droit de vous liair :

Albe le veut , et Rome ; il faut leur obéh-.

Qu'un de vous deux me tue, et que l'autre me venge '

Alors votre combat n'aura plus rieu d'étrange ,

i;t du moins l'un des deux sera juste agresseur.

Ou pour venger sa femme , ou pour venger sa sœur.

Mais quoi ! vous souilleriez une gloire si belle ,

Si vous vous animiez par quelque autre querelle :

Le zèle du pays vous défend de tels soins ;

Vous feriez peu pour lui si vous vous étiez moins ^.

Il lui faut, et sans haine , immoler un beau-frère.

Ne dilférez donc plus ce que vous devez faire ;

Commencez par sa sœur à répandre son sang ,

ConmienccB par sa femme à lui percer le flanc ,

Commencez par Sabine à fah"e de vos vies

' Se fâche est trop faible , trop du style familic-i-. (V.) ^ Quand Sabine vient proposer à son frère et ù sou mari de lui donner la mort, on sait trop qu'ils ne le feront ni l'un ni l'autre. Ce n'est donc qu'une vaine déclamation ; car Sabine ne doit pas plus le demander qu'ils ne doivent le faire; c'est un reiupUssageamenci par des sentiments peu naturels. ( I,a H.)

^ Ce peu cl ce moins font un mauvais effet, et vous vous étiez mnirs est prosaïque et familier. (V.;

126 HOF.ACr:.

L'ii (ligne sari Tice à vos chères patries :

Vous êtes ei;aemis en c€ combat fameux ,

Vousd'Albe, vous de Rome, etmoi de tontes deux.

Quoi ! me réservez-vo'is à voir une victoire

Où , pour haut appareil d'une pompeuse gloire ' ,

Je verrai les lauriers d'un frère ou d'un mari

Fumer encor d'un sang que j'aurai tant chéri ?

Pourrai-je entre vous deux régler alors mon âme,

Satisfaire aux devoirs et de sœur et de femme .

Embrasser le vainqueur en pleurant le vaincu ?

Non , non , avant ce coup Sabine aura vécu :

.Ma mort le préviendra , de qui que je l'obtienne ;

Le refus de vos mains y condamne la mienne.

Sus donc , qui vous relient ? Allez , cœurs iidiumains ,

J'aurai trop de moyens pour y forcer vos mains ;

Vous ne les aurez point au combat occupées,

Que ce corps au milieu n'arrête vos épées ;

Et , malgré vos refus, il faudra que leurs coups

Se fassent jour ici pour aller jusqu'à vous.

nop.vcE.

0 ma femme !

CLRIACE.

0 ma sœur!

CAMILLE

Courage! ils s'amollissent

SABINE

Vous poussez des soupirs ! vos visages pâlissent ! Quelle peur vous saisit ? Sont-ce là ces grands cœurs. Ces héros qu'Albe et Rome ont pris pour d*^fenseurs?

Que t'ai-je fait , Sabine? et quelle est mon offense ,

Qui t'oblige à chercher une telle vengeance?

Que t'a fait mon honneur? et par quel droit viens-tu

Avec toute ta force attaquer ma vertu ?

Du moins contente-toi de l'avoir étonnée,

Et me laisse achever cette grande journée.

Tu me nens de réduire en un étrange point ' ;

' Ces vers échjppent quelquefois au génie, dans le feu de la composition. Us ne disent rien, mais ils accompagnent des vers qui disent beaucoup. (V.;

'Notre malheureuse rime arrache quelqnefoi-; de ces mauvais vlt^;

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