‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 76 sur 386 · ACTE 111, SCENE I. 12a · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCENE I. 12a

Souhaitons quelque cliose , et craignons un peu moins.

Mais, las! quel parti prendre en un sort si contraire?

Quel ennemi dioisir, d'un époux , ou d'un frère?

La nature ou l'amour parle pour chacun d'eux, .

Et la loi du devoir m'attache à tous les deux.

Sur leurs hauts sentiments réglons plutôt les nôtres;

Soyons femme de l'un ensemble et sœur des autres ;

Regardons leur honneur comme un souverain hien;

Imitons leur constance, et ne craignons plus rien.

La mort qui les menace est une mort si belle ,

Qu'il en faut sans frayeur attendre la nouvelle.

?<'appelons point alors les destins inhumains ;

Songeons pour quelle cause, et non par qiielles mains;

Revoyons les vainqueurs, sai^s penser qu'à ia gloire .,. .

Que toute leur maison reçoit de leur victoire;

Et, sans considérer aux dépens de quel sang

Leur vertu les élève en cet illustre rang ' ,

Faisons nos intérêts de ceux de leur famille :

En l'une je suis femme , en l'autre je suis fdle ;

Et tiens à toutes deux par de si forts liens,

Qu'on ne peut triompher que jiar les bras des miens.

Fortune, quelques mau\ que ta rigueur m'envoie.

J'ai trouvé les moyens d'en tirer de la joie ,

Et puis voir aujourd'hui le combat sans terreur.

Les morts sans désespoir, les vainqueurs sans horreur.

Flatteuse illusion , erreur douce et grossière , Vain effort de mon âme, impuissante lumière. De qui le faux brillant prend droit de m'éblouir , Que tu sais peu durer, et tôt t'évanouir! Pareille à ces éclairs qui , dans le fort des ombres ,

complaisance pour elles. Sabine s'adresse sa pensée, la retourne, re« pète ce qu'elle a dit , oppose parole à parole.

En l'une je suis femme, en l'autre je suis fille. En rune jesui>, fille, en l'autre je suis femme. Songeons pour qui-lle cause, et non par quelles mains. Je songe par quels bras, et non pour quelle cause.

I.cs quatre derniers vers sont plus dans la passion. (Y.) ' 11 ne s'agit point ici de rang : l'auteur a voulu rimer à sang. La plus grande difficulté de la poésie française et son plus grand mérite est que la rime ne doit jamais empêcher d'euiplojer le mot propro.

Poussent un jour qui fuit , et rend les nuits i)Ius sombres ' .

Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de darlé

Que pour les abimer dans plus d'obscurité.

Tu charmais trop ma peine ; et le ciel , qui s'en fie i.r ,

Me vend déjà bien cher ce moment de relâche.

Je sens mon triste cœur percé de tous les coups

Qui m'ôtent maintenant un frère, ou mon époux.

Quand je songe à leur mort , quoi que je me propoM- ,

Je songe par quels bras , et non pour quelle cause ,

Et ne vois les vainqueurs en leur illustre rang

Que pour considérer aux dépens de quel sang.

La maison des vaincus touche seule mon Ime;

En l'une je suis fdle , en l'autre je suis femme ,

Et tiens à toutes deux par de si forts liens,

Qu'on ne peut triompher que par la rnort des miens.

C'est là donc cette p.iix que j'ai tant souhaitée.'

Trop favorables dieux , vous m'avez écoutée 1

Quels foudres lancez-vous quand \ous vous irritez,

Si même vos faveurs ont tant de cruautés?

Et de quelle façon punissez- vous l'offense ,

Si vous traitez ainsi les vœux de l'innocence.'

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