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Je veux bien l'avouer, ces nouvelles m'étonneiit ;
Et je m'imaginais dans la Divinité
Beaucoup moins d'injustice , et bien plus de boulé.
Ne nous consolez point : contre tant d'infortune
La pitié parle en vain , la raison imi)ortune.
Nous avons en nos mains la lin de nos douleurs ,
Et qui veut bien mourir peut braver les malheurs.
Nous pourrions aisément faire en votre présence
De notre désespoir une fausse constance ;
Mais quand on peut sans honte être sans fermeté ,
L'affecter au dehors , c'est une lâcheté ■< ;
L'usage d'un tel art , nous le laissons aux hommes.
Et ne voulons passer que pour ce que nous sommes.
Nous ne demandons point qu'un courage si fort S'abaisse , à notre exemple , à se plaindre du sort. Recevez sans frémir ces mortelles alarmes ; Voyez couler nos pleurs sans y mêler vos larmes; Enfin , pour toute giàce , eu de tels déplaisirs ,
' Ces deux peut, ces syllabes dures , ces monosyllabes rcKi elpetii. et cette idée de vouloir ce que l'amour veut, connue s'il était question Ici du dieu d'amour, tout cela constitue deux des plus mauvais vers qu'on pût faire ; et c'était de tels vers qu'il fallait corri^'er (V.)
^ Toute cette scène est ce qu'on appelle du remplissage ; défaut insupportable, mais devenu presque nécessaire dans nos trafrédies, qui sont toutes trop longues , à l'exception d'un très-petit nombre. (V.)
3 Comme l'arrivée du vieil Horace rend la vie au théâtre qui languissait! quel moment et quelle noble simplicité !
* Ces sentences et ces raisonnements sont bien mal placés dans un
ornent si douloureux ; c'est là le poCte qui parle et qui raisonne. (V.)
J <8 HORACC.
Garde/ voire constance , et souffrez nos soupirs.
LE VIEIL BORACE.
Loin de blâmer les pleurs que je vous vois répandre.
Je crois faire beauc<)up de m'en pouvoir défendre ,
Et céderais peut-être à de si rudes coups
Si je prenais ici même intérêt que vous :
Non qu'Albe par son choix m'ait fait haïr vos frères ,
Tous trois me sont encor des personnes bien chères ;
Mais enfin l'amitié n'est pas du même rang,
Et n'a point les effets de l'amour ni du sang ;
Je ne sens point pour eux la douleur qui tourmente
Sabine comme sœur, Camille comme amante :
Je puis les regarder comme nos ennemis ,
Et donne sans regret mes souhaits à mes fils.
Ils sont , grâces aux dieux , dignes de leur patrie ;
Aucun étonnement n'a leur gloire flétrie ;
Et j'ai vu leur honneur croître de la moitié ,
Quand ils ont des deux camps refusé la pitié.
Si par quelque faiblesse ils l'avaient mendiée ,
Si leur haute vertu ne l'eût répudiée ,
Ma main bientôt sur eux m'eût vengé hautement '
De l'affront que m'eût fait ce mol consentement.
Mais lorsqu'eu dépit d'eux on en a voulu d'autres ,
Je ne le cèle point , j'ai joint mes vœux aux vôtres.
Si le ciel pitoyable eût écoulé ma voix ,
Albe serait réduite à faire un autre choix;
INous pourrions voir tantôt triompher les Horaces
Sans voir leurs bras souillés du sang des Curiaces ,
Et de l'événement d'un combat plus humain
Dépendrait maintenant l'honneur du nom romain :
La prudence des dieux autrement en dispose ;
Sur leur ordre éternel mon esprit se repose :
Il s'arme en ce besoin de générosité,
Et du bonheur public fait sa félicité.
Tâchez d'en faire autant pour soulager vos peines ,
Et songez toutes deux que vous êtes Romaines :
Vous l'êtes devenue , et vous l'êtes encor ;
■ Ce discours du vieil Horace esl plein d'un arl d'autant plus beau . qu'il ne parait pas : on ne voit que la hauteur d'un Romain, et la ehalour d'un vieillard qui préfère l'houneur à la nature. Mais cela même prépare tout ce qu'il dit dans la acine suivante; c'est là qu'est le vrai génie "V.)
ACTK III, SCKNE VI. Ut»
L'n si glorieux litre est un digne trésor.
Un jour, lin jour viendra que pai' toute la terre
Rome se fera craindre h l'égal du tonnerre ,
VA que, tout l'univers tremblant dessous ses lois.
Ce grand nom deviendra l'ambition des rois :
Les dieux à notre Énée ont promis cette gloire.