ACTE IV, SCÈNE IV
Il sicJ mal d'en verser où l'on voit tant d'honneurs :
On pleure injustement des pertes domestiques ,
Quand on en voit sortir des victoires publiques.
Rome triomphe d'Albe , et c'est assez pour nous ;
Tous nos maux à ce prix doivent nous être doux.
En la mort d'un amant vous ne perdez qu'un honnne
Dont la perte est aisée à réparer dans Rome ;
Après cette victoire, il n'est point de Romain >.
Qui ne soit glorieux de vous donner la main.
Il me faut à Sabine en porter la nouvelle; :
Ce coup sera sans doute assez rude pour elle,
Et ses trois frères morts par la main d'un éiKHK
Lui donneront des pleurs bien plus justes (pi'à vous ' ;
Mais j'espère aisément en dissiper l'orage,
Et qu'un peu de prudence , aidant son grand courage ,
Fera bientôt régner sur un si noble cœur
Le généreux amour qu'elle doit au vainqueur. ^■
Cependant étouffez cette lâche tristesse;
Recevez-le , s'il vient , avec moins de faiblesse ;
Faites-vous voir sa sœur, et qu'en un même flanc
Le ciel vous a tous deu\ formés d'un même sang >.
SCÈiNE IV.
CAMILLE. '
Oui, je lui ferai voir, par d'infaillibles marques. Qu'un véritable amour brave la main des Par((ues , Et ne prend point de lois de ces cruels tyrans Qu'un astre injurieux nous donne pour parents.
lions sur le théâtre : on représente dans la même pièce la mort Je César et la bataille de Philippes. JVos musas colimus severiorei.
Qa'ca un lieu , qu'en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu'il la fin le théâtre rempli.
' Lui donneront des pleurs justes n'est pas français. C'est Sabine qui donnera des pleurs; ce ne sont pas ses Irères morts qui lui en donneront. Un accident fait couler des pleurs, et ne les donne pas. (V.)
' Faites-vous voir.., et qu'en... est un solécisme, parce que /aitesv(/us voir s\sniùe montrez-vous , soi/ezsa sœur, montrez-vous , soyez, paraissez, ue peut régir un que.
Ajoutez qu'après lui a\o\r à'il faites-vous voir sasa:ur,\l est !rcssoperflu de dire qu'elle ist sortie du iiiéme flanc. ( V.)
lU HORACE.
Tu blâmes ma douleur, tu l'oses nommer lâche; Je l'aime d'autant plus que plus elle te fâche , Impitoyable j>ère, et par un juste ullorl Je la veux rendre égale aux rigueurs de mou sort '. En vit-on jamais un dont les rudes traverses Prisseut en moins de rien tant de faces diverses? Qui fût doux tant de fois , et tant de fois cruel , Et portât tant de coups avant le coup mortel? Vit-on jamais une âme en un jour plus atteinte De joie et de douleur, d'espérance et de crainte, Asservie en esclave à plus d'événements , El le piteux jouet de plus de changements ? Un oracle m'assure, un songe me travaille ' j La paix calme l'effroi que me fait la bataille; Mon hymen se prépare, et presque en un momtnt Pour combattre mon frère on choisit mou amant ^ ; Ce choix me désespère , et tous le désavouent , La partie est rompue , et les dieux la renouent ; Kome semble vaincue , et , seul des trois Albains , Curiace en mou sang n'a point trempé ses mains. O dieux 1 sentais-je alors des douleurs trop légères Pour le malheur de Rome et la mort de deux frères? Et me flattais-je trop quand je croyais pouvoir L'aimer eucor sans crune et nourrir quelque espoir? Sa mort m'en punit bien, et la façon cruelle Dont mon âme éperdue eu reçoit la nouvelle; Son rival me l'apprend , et , faisant à mes yeux D'un si triste succès le récit odieux , Il porte sur le front une allégresse ouverte,
• Elle dit Ici qu'elle veut rendre sa douleur égale, par un Juste effort, aux rigueurs de son sort. Quand on fait ain»! des efforts pour proportionner sa douleur à son état, on n'est pas même poétiquement affligé. (V.)
•■ M'assure ne signifie pas me rassure: et c'est me rassure que l'auteur entend. (V.)
Racine a dit :
Princesse , assurez-vous ; je les prends sou« ma garde.
Voltaire se plaint souvent du peu de liberté qu'on accorde à la poésie, et , par ses eicUusions , on croirait qu'il ne clierche qu'à en augmenter la gène. (P.)
' Cette récapitulation de la pièce précédente n'est-elle point cuooro l'opposé d'une aflliition véritable? Curof levés toquuntur, ( V.J