‹ Théâtre de Pierre et de Thomas Corneille. Avec notes et commentairesChapitre 90 sur 386 · ACTE IV, SCÈNE V. U · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. U

Que le bonlicur public fait bien moins ([iiii ma perte,

Et, bâtissant en l'air sur le malheur d'autrui ,

Aussi bien que mon frère il triomi)he de lui.

Mais ce n'est rien encore au prix de ce qui reste :

On demande ma joie en un jour si funeste;

Il me faut applaudir aux exploits du vainqueur.

Et baiser une main qui me perce le crur. . ,-,

En un sujet de pleurs si grand, si légitime.

Se plaindre eit une honte, et soupirer un crime;

Leur brutale vertu veut qu'on s'estime heureux ,

Et si l'on n'est barbare on n'est point généreux. ,

Dégénérons, mon cœur, d'un si vertueux père ' ;

Soyons indigne sœur d'un si généreux frère : ; . •

C'est gloire de passer pour un cœur abattu ,

Quand la brutalité fait la haute vertu.

Eclatez, mes douleurs; à quoi bon vous contraindre?

Quand on a tout perdu, que saurait-on plus craindre?

Pour ce cruel vainqueur n'ayez point de respect;

Loin d'éviter ses yeux , croissez à son aspect ;

Offensez sa victoire, irritez sa colère,

Et prenez, s'il se peut, plaisir à lui déplaire.

Il vient , préparons-nous à montrer constamment

Ce que doit une amante à la mort d'un amant.

i.: :. lo 11', '

Page 1