‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 105 sur 417 · ACTE IV, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE

EXUPÈRE

K lie a pu l’abuser , et lie l’abuser pas * .

MIOCAS.

Tu vois comme la fille a part au stratagème'.

EXUPÈRE

Et que la mère a pu l’abuser elle-même.

PHOCAS

Que de pensers divers î que de soucis flottante !

EXUPÈRE

Je vous en tirerai , seigneur, dans peu de temps.

PHOCAS

Pts-moi, tout est-il prêt pour ce juste supplice P

EXUPÈRE

Oui , si nous connaissions le vrai fils de Maurice.

Pouvez- vous en douter après ce que j’ai dit ?

MARTIAN

Donnez-vous à Terreur encor quelque crédit?

HÉRACLIUS, à Martian.

Ami , rends-moi mon nom : la faveur n’est pas grande *

Ce n’est que pour mourir que je te le demande.

Reprends ce triste jour que tu m’as racheté ,

Ou rends-moi cet honneur que tu m’as presque ôté.

MARTIAN

Pourquoi, de mon tyran volontaire victime,

Précipiter vos jours pour me noircir d’un crime?

Prince , qui que je sois , j’ai conspiré sa mort ;

Et nos noms au dessein donnent un divers sort1 2 3 4.

Dedans Héraclius il a gloire solide5 ,

Et dedans Martian il devient parricide.

Puisqu’il faut que je meure illustre , ou criminel ,

1 Cette ressemblance avec ce vers : elle a pu les changer , et lie tes changer pas y est un peu trop du style de la comédie. (V.)

2 Vers de comedie : ôtez les noms d’empereur et de prince , l'intrigue en effet et la diction ne sont pas tragiques jusqu’ici : mais elles sont ennoblies par l’intérêt d’un trône , et par le danger des personnages. (V.)

3 Ici le dialogue se relève et s’échauffe ; voilà du tragique. (V.)

4 Ce vers est obscur, parce que sort n’est pas le mot propre ; il vent dire : nos noms mettent une grande différence dans notre action ; mais cbtte différence n’est pas le sort. (V.)

5 II a gloire n’est pas permis dans le style noble ; i! devait dire : c’cst dans Héraclius une gloire solide . (V .)

Couvert ou de louange, ou d’opprobre éternel 1 ,

Ne souillez point ma mort, et ne veuillez pas faire Du vengeur de l’empire un assassin d’un père.

Mon nom seul est coupable 2 , et , sans plus disputer f Pour te faire innocent tu n’as qu’à le quitter;

11 conspira lui seul, tu n’en es point complice.

Ce n’est qu’Héraclius qu’on envoie au supplice : Sois son fils , tu vivras.

MARTI AN

Si je l’avais été ,

Seigneur, ce traître en vain m’aurait sollicité;

Et, lorsque contre vous il m’a fait entreprendre 3 ,

La nature en secret aurait su m’en détendre.

Apprends donc qu’en secret mon cœur t’a prévenu. J’ai voulu conspirer , mais on m’a retenu ;

Et dedans mon péril Léontine timide...

MART1AN

N’a pu voir Martian commettre un parricide.

Toi , que de Pulchérie elle a fait amoureux ,

Juge sous les deux noms ton dessein et tes feux.

Elle a rendu pour toi l’un et l’autre funeste,

* Couvert ou de louange , ou d’opprobre éternel ,

n’cstpas français; il faut : d’un opprobre éternel . D’opprobre est ici absolu, et ne souffre point d’épithète ; et on ne peut dire couvert de louange , comme on dit couvert de gloire , de lauriers , d’opprobre, de honte. Pourquoi? c’est qu’en effet la honte, la gloire, les lauriers, semblent environner un homme, le couvrir : la gloire couvre de ses rayons; les lauriers couvrent la tête; la honte, la rougeur, couvrent le visage ; mais la louange ne couvre pas. (V.)

3 C’est là, ce me semble, une très-noble hardiesse d’e.xpression. (V.)

3 Ce verbe entreprendre est actif, et veut ici absolument un régime. On ne dit point entreprendre pour conspirer.

N. B. C’est parler très-bien que de dire - je sais méditer , entreprend dre, et agir, parce que alors entreprendre , méditer , ont un sens indéfini. 11 en est de même de plusieurs verbes actifs, qu’on laisse alors sans régime : il avait une tête capable d’imaginer, un cœur fait pour sentir, un bras pour exécuter ; mais j'exécute contre vous, j’ entreprends contre vous, y imagine contre vous, n’est pas français. Pourquoi? parce que ce défini contre vous fait attendre la chose qu’on imagine, qu’on exécute , et qu'on entreprend. Voyez comme tout ce qui est règle est fondé sur la nature. (V.)

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