‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 129 sur 417 · DE MONSEIGNEUR LE PRINCE D’ORANGE · texte numérisé non relu

DE MONSEIGNEUR LE PRINCE D’ORANGE

Monsieur ,

Voici un poëme d’une espèce nouvelle, et qui n’a point d’exemple chez les anciens. Vous connaissez l’humeur de nos Français; ils aiment la nouveauté; et je hasarde non tam meliora quam nova , sur l’espérance de les mieux divertir. C’était l’humeur des Grecs dès le temps d’Æschyle , apud quos :

lllecebris erat et grata novitate morandus

Spectator.

Et, si je ne me trompe, c’était aussi celle des Romains :

Nec minimum meruere decus , vestigia grœca

Ausi deserere....

Vel qui prœtcxtas , vel qui docuere togatas.

Ainsi j’ai du moins des exemples d’avoir entrepris une chose qui n’en a point. Je vous avouerai toutefois qu’après l’avoir faite je me suis trouvé fort embarrassé à lui choisir un nom. Je n’ai jamais pu me résoudre à celui de tragédie , n’y voyant que les personnages qui en fussent dignes. Cela eût suffi au bon homme Plaute, qui n’y cherchait point d’autre linesse: parce qu’il y a des dieux et des rois dans son Amphitruon, il veut que c’en soit une; et parce qu’il y a des valets qui bouffonnent, • il veut que ce soit aussi une comédie , et lui donne l’un et l’autre nom , par un composé qu’il forme exprès , de peur de ne lui donner pas tout ce qu’il croit lui appartenir. Mais c’est trop déférer aux personnages , et considérer trop peu l’action. Aristote en use autrement dans la définition qu’il fait de la tragédie, ou il décrit les qualités que doit avoir celle-ci , et les effets qu’elle doit produire, sans parler aucunement de ceux-là : et j’ose m’imaginer que ceux qui ont restreint cette sorte de poëme aux personnes illustres n’en ont décidé que sur l’opinion qu’ils ont eue qu’il n’y avait que la fortune des rois et des princes qui fût capable d’une action telle que ce grand maître de l’art nous prescrit. Cependant, quand il examine lui-mème les qualités nécessaires au héros de la tragédie, il ne touche point du tout

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