‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 133 sur 417 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Aux mérites du comte a fermé votre cœur.

Tout est illustre en lui , moi-même je l’avoue ;

Mais son sang , qûe le ciel n’a formé que de boue ,

Et dont il cache exprès la source obstinément....

Vous pourriez en juger plus favorablement ;

Sa naissance inconnue est peut-être sans tache :

Vous la présumez . basse à cause qu’il la cache ;

Mais combien a-t-on vu de princes déguisés Signaler leur vertu sous des noms supposés ,

Dompter des nations , gagner des diadèmes ,

Sans qu’aucun les connût , sans se connaître eux-mêmes !

D. LÉONOR

Quoi ! voilà donc enfin de quoi vous vous flattez !

n. ELVIRE.

J’aime et prise en Carlos ses rares qualités.

Il n’est point d’àme noble à qui tant de vaillance N’arrache cette estime et cette bienveillance ;

Et l’innocent tribut de ces affections ,

Que doit toute la terre aux belles actions ,

N’a rien qui déshonore une jeune princesse.

En cette qualité , je l’aime et le caresse ;

En cette qualité , ses devoirs assidus Me rendent les respects à ma naissance dus.

J1 fait sa cour chez moi comme un autre peut faire :

11 a trop de vertus pour être téméraire ;

Et si jamais ses vœux s’échappaient jusqu’à moi,

Je sais ce que je suis, et ce que je me doi.

1). LÉONOR

Daigne le juste ciel vous donner le courage De vous en souvenir et le mettre en usage î

Vos ordres sur mon cœur sauront toujours régner.

D. LÉONOR

Cependant ce Carlos vous doit accompagner ,

Doit venir jusqu’aux lieux de votre obéissance Vous rendre ces respects dus à votre naissance.

Vous faire, comme ici , sa cour tout simplement?

De ses pareils la guerre est Tunique élément :

Accoutumés d’aller de victoire en victoire *

DOIS MANCHE

lis cherchent en tous lieux les dangers et la gloire, ha prise de Séville, et les Maures défaits ,

Laissent à la Castille une profonde paix :

S’y voyant sans emploi , sa grande âme inquiète Veut bien de don Garde achever la défaite,

Et contre les efforts d’un reste de mutins De toute sa valeur hâter nos bons destins.

d. LÉONOR.

Mais quand il vous aura dans le trône affermie, ht jeté sous vos pieds la puissance ennemie ,

S’en ira-t-il soudain aux climats étrangers Chercher tout de nouveau la gloire et les dangers?

D. EL vire.

Madame, la reine entre *.

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