‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 135 sur 417 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Je puis nommer amour une ardeur de régner.

L'ambition des grands à cet espoir ouverte Semble pour m’acquérir s’apprêter à ma perte ;

Et, pour trancher le cours de leurs dissensions ,

11 faut fermer la porte à leurs prétentions ;

Il m’en faut choisir un; eux-mêmes rn’en convient,

Mon peuple m’en conjure, et mes États m’en prient;

Et même par mon ordre ils m’en proposent trois ,

Dont mon cœur à leur gré peut faire un digne choix.

Don Lope de Gusman , don Manrique de Lare,

Et don Alvar de Lune , ont un mérite rare :

Mais que me sert ce choix qu’on fait en leur faveur ,

Si pas un d’eux enfin n’a celui de mon cœur ?

D. LÉONOR

On vous les a nommés , mais sans vous les prescrire ;

On vous obéira , quoi qu’il vous plaise élire :

Si le cœur a choisi, vous pouvez faire un roi.

D. ISABELLE

Madame , je suis reine , et dois régner sur moi.

Le rang que nous tenons , jaloux de notre gloire ,

Souvent dans un tel choix nous défend de nous croire,

Jette sur nos désirs un joug impérieux ,

Et dédaigne l’avis et du cœur et des yeux.

Qu’on ouvre. Juste ciel , vois ma peine, et m’inspire Et ce que je dois faire , et ce que je dois dire !

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