‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 137 sur 417 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

Qu’enlïn autour de lui ses troupes ralliées,

Celles qui renfermaient furent sacrihees ;

Et le même escadron qui vint le secourir Le ramena vainqueur, et moi prêt à mourir.

Je montai le premier sur les murs de Séville ,

Et tins la brèche ouverte aux troupes de Castille.

Je ne vous parle point d’assez d’autres exploits ,

Qui n’ont pas pour témoins eu les yeux de mes rois.

Tel me voit et m’entend , et me méprise encore ,

Qui gémirait sans moi dans les prisons du Maure.

D. MANR1QUE.

Nous parlez-vous, Carlos , pour don Lope et pour moi?

CARLOS

Je parle seulement de ce qu’a vu le roi ,

Seigneur; et qui voudra parle à sa conscience.

Voilà dont le feu roi me promit récompense 1 ;

Mais la mort le surprit comme il la résolvait.

11 se fût acquitté de ce qu’il vous devait ;

Et moi, comme héritant son sceptre et sa couronne,

Je prends sur moi sa dette , et je vous la fais bonne. Seyez-vous , et quittons ces petits différends.

D. LOPE

Souffrez qu’auparavant il nomme ses parents.

Nous ne contestons point l’honneur de sa vaillance ,

Madame; et s’il en faut notre reconnaissance,

Nous avouerons tous deux qu’en ces combats derniers L’un et l’autre , sans lui , nous étions prisonniers ;

Mais enfin la valeur, sans l’éclat de la race,

N’eut jamais aucun droit d’occuper cette place.

CARLOS

Se pare qui voudra des noms de ses aïeux :

Moi , je ne veux porter que moi-même en tous lieux ;

Je ne veux rien devoir à ceux qui m’ont fait naître ,

Et suis assez connu sans les faire connaître.

Mais , pour en quelque sorte obéir à vos lois ,

Seigneur, pour mes parents je nomme mes exploits;

Ma valeur est ma race , et mon bras est mon père.

• Voilà dont est un solécisme; il faut : voilà les services , les exploits , les actions dont, etc. (VJ

DON SANCHE

D. LOPE

Vous le voyez, madame, et la preuve en est claire;

Sans doute il n’est pas noble.

D. ISABELLE

Eli bien ! je l’anoblis ,

Quelle que soit sa race et de qui qu’il soit fils.

Qu’on ne conteste plus.

D. MANRIQUE

Encore un mot , de grâce.

D. ISABELLE

Don Manrique , à la fin c’est prendre trop d’audace.

Ne puis-je l’anoblir si vous n’y consentez ?

1). MANRIQUE

Oui , mais ce rang n’est dû qu’aux liantes dignités;

Tout autre qu’un marquis ou comte le profane.

D. ISABELLE , à Carlos.

Eh bien ! seyez-vous donc , marquis de Santillane ,

Comte de Penafiel , gouverneur de Burgos.

Don Manrique , est-ce assez pour faire seoir Carlos?

Vous reste-t-il encor quelque scrupule en l’âme ?

( D. Manrique etD. Lope se lèvent, et Carlos se sied. )

D. MANRIQUE

Achevez , achevez ; faites-le roi , madame :

Par ces marques d’honneur l’élever jusqu’à nous,

C’est moins nous l’égaler que l’approcher de vous.

Ce préambule adroit n’était pas sans mystère;

Et ces nouveaux serments qu’il nous a fallu faire Montraient bien dans votre âme un tel choix préparé.

Enfin vous le pouvez , et nous l'avons juré.

Je suis prêt d’obéir, et, loin d’y contredire,

Je laisse entre ses mains et vous et votre empire.

Je sors avant ce choix , non que j’en sois jaloux ,

Mais de peur que mon front n’en rougisse pour vous.

D. ISABELLE

Arrêtez , insolent : votre reine pardonne

Ce qu’une indigne crainte imprudemment soupçonne;

Et , pour la démentir, veut bien vous assurer Qu’au choix de ses États elle veut demeurer * ;

1 Demeurer au choix est un barbarisme; il faut : $*en tenir c* choix , ou : demeurer attachée au choix des États. (V.)

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