‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 138 sur 417 · ACTE 1, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCÈNE IV

Que vous tenez encor même rang dans son unie ;

Qu’elle prend vos transports pour un excès de flamme ; Et qu’au lieu d’en punir le zèle injurieux,

Sur un crime d’amour elle ferme les yeux.

D. MANRIQUE

Madame, excusez donc si quelque antipathie...

D. ISABELLE

Ne faites point ici de fausse modestie ;

J’ai trop vu votre orgueil pour le justifier,

Et sais bien les moyens de vous humilier.

• Soit que j’aime Carlos , soit que par simple estime Je rende à ses vertus un honneur légitime ,

Vous devez respecter, quels que soient mes desseins,

Ou le choix de mon cœur, ou l’œuvre de mes mains.

Je l’ai fait votre égal ; et quoiqu’on s’en mutine ,

Sachez qu’à plus encor ma faveur le destine.

Je veux qu’aujourd’hui même il puisse plus que moi* J’en ai fait un marquis , je veux qu’il fasse un roi.

S’il a tant de valeur que vous-mêmes le dites ,

Il sait quelle est la vôtre, et connaît vos mérites ,

Et jugera de vous avec plus de raison

Que moi, qui n’en connais que la race et le nom.

Marquis , prenez ma bague , et la donnez pour marque Au plus digne des trois , que j’en fasse un monarque.

Je vous laisse y penser tout ce reste du jour.

Rivaux ambitieux , faites-lui votre cour :

Qui me rapportera l’anneau que je lui donne Recevra sur-le-champ ma main et ma couronne.

Allons, reines, allons, et laissons-les juger De quel côté l’amour avait su m’engager.

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