‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 142 sur 417 · D. ISABELLE, BLANCHE · texte numérisé non relu

D. ISABELLE, BLANCHE

D. ISABELLE

Blanche, as-tu rien connu d’égal à ma misère?

Tu vois tous mes désirs condamnés à se taire ,

Mon cœur faire un beau choix sans l’oser accepter,

Et nourrir un beau feu sans l’oser écouter.

1 Cette scène et toutes les longues dissertations sur l'amour et la herte ont toujours un défaut; et ce vice, le plu? grand de tous, c’est l'ennui. On ne va au théâtre que pour être ému ; l’âme veut toujours être hors d’elle-même, soit par la gaieté, soit par l'attendrissement , et au moins par la curiosité. Aucun de ces buts n’est atteint , quand une Blanche dit à sa reine : vous lavez honoré sans vous déshonorer , et que la reine réplique que, pour honorer sa générosité, l'amour s’est joué de son autorité , etc. Les scènes suivantes de cet acte sont à peu près dans le même goût; et tout le nœud consiste à différer le combat annoncé, sans aucun événement qui attache, sans aucun sentiment qui intéresse. Il y a de l’amour comme dans toutes les pièces de Corneille; et cet amour est froid, parce qu’il n’est qu’anr.our. Ces reines, qui se passionnent froidement pour un aventurier, ajouteraient la plus grande indécence à l’ennui delcette intrigue , si le spectateur ne se doutait pas que Carlos est autre chose qu’un soldat de fortune. On a condamné l’infante du Cid , non-seulement parce qu’elle est inutile , mais parce qu’elle ne parle que de son amour pour Rodrigue.’On condamne de même, dans son Don Sanche, trois princesses éprises d’un inconnu , qui a fait de bien moins grandes choses que le Cid ; et le pis de tout cela, c’est que l’amour de ces princesses ne produit rien du tout dans la pièce. Ces fautes sont des auteurs espagnols ; mais Corneille ne devait pas les imiter. A l’égard du style, il est à la fois incorrect et recherché , obscur et faible, dur et traînant; il n’a rien de cette élégance et de ce piquant qui sont absolument nécessaires dans un pareil sujet. Il faudrait charger les pages de remarques plus longues que le texte , si on voulait critiquer en détail les expressions.

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