‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 156 sur 417 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

Puisque enfin c’est la sœur du roi que vous fere*.

Jugez donc si Carlos en peut être beau-frère ,

Et si vous devez rompre un nœud si salutaire,

Hasarder un repos à votre État si doux ,

Qu’affermit sous vos lois la concorde entre nous.

D. ISABELLE

Et ne savez-vous point qu’étant ce que vous êtes ,

Vos sœurs par conséquent mes premières sujettes ,

Les donner sans mon ordre , et même malgré moi ,

C’est dans mon propre État m’oser faire la loi ?

D. MANRIQUE

Agissez donc enfin , madame , en souveraine ,

Et souffrez qu’on s’excuse, ou commandez en reine; Nous vous obéirons , mais sans y consentir ;

Et , pour vous dire tout avant que de sortir ,

Carlos est généreux , il connaît sa naissance ;

Qu’il se juge en secret sur cette connaissance ;

Et s’il trouve son sang digne d’un tel honneur,

Qu’il vienne, nous tiendrons l’alliance à bonheur;

Qu’il choisisse des deux, et l’épouse, s’il l’ose.

Nous n’avons plus , madame , à vous dire autre chose Mettre en un tel hasard le choix de leur époux ,

C’est jusqu’où nous pouvons nous abaisser pour vous; Mais , encore une fois, que Carlos y regarde,

Et pense à quels périls cet hymen le hasarde.

Vous-même gardez bien , pour le trop dédaigner,

Que je ne montre enfin comme je sais régner.

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