ACTE Is SCÈNE î. V
J’ai besoin que le roi , qu’elle-même vous craigne.
Retournez à l’armée , et pour me protéger Montrez cent mille bras tout prêts à me venger.
Parlez la force en main , et hors de leur atteinte :
S’ils vous tiennent ici , tout est pour eux sans crainte 1 ;
Et ne vous flattez point ni sur votre grand cœur,
Ni sur l’éclat d’un nom cent et cent fois vainqueur :
Quelque haute valeur que puisse être la vôtre 2 ,
Vous n’avez en ces lieux que deux bras comme un autre '; Et, fussiez- vous du monde et l’amour et l’effroi ,
Quiconque entre au palais porte sa tête au roi.
Je vous le dis encor , retournez à l’année ;
Ne montrez à la cour que votre renommée ;
Assurez votre sort pour assurer le mien ;
Faites que Ton vous craigne , et je ne craindrai rien .
NICOMÈDE
Retourner à l’armée : ah ! sachez que la reine La sème d’assassins achetés par sa haine.
Deux s’y sont découverts , que j’amène avec moi Afin de la convaincre et détromper le roi 4.
Quoiqu’il soit son époux , il est encor mon père ,
Et, quand il forcera la nature à se taire,
Trois sceptres à son trône attachés par mon bras Parleront au lieu d’elle , et ne se tairont pas .
Que si notre fortune à ma perte animée La prépare à la cour aussi bien qu’à l’armée ,
Dans ce péril égal qui me suit en tous lieux ,
M’envierez-vous l’honneur de mourir à vos yeux ?
je ne doute pas que vous ne m’aimiez. Les dictionnaires en fourniraient d’autres exemples encore plus décisifs. (P.) k 1 II veut dire tout est sûr pour eux, ils n’ont rien à craindre.
3 Ce vers est défectueux, li est vrai qu’il n’était pas facile ; mais ce sont ces mêmes difficultés qui , lorsqu’elles sont vaincues, rendent la belle poésie si supérieure à la prose. (V.)
3 Voilà de ces vers de comédie qu’on se permettait trop souvent dans le style noble. (V.)
4 II faut pour l’exactitude, et de détromper; mais cette licence est souvent très-excusable en vers : il n’est pas permis de la prendre en prose, (V.)
5 Puisque les sceptres parleront, il est clair qu'ils ne se tairont pas. Ces sortes de pléonasmes sont les plus vicieux ; ils retombent quelquefois dans ce qu’on appelle le style niais : Hélas l s’il n’était pas mort ,*il serait encore en vie. (V.)
NICOMÈDE
LAODICE
Non, je ne vous dis plus désormais que je trente,
Mais que , s’il faut périr, nous périrons ensemble.
Armons-nous de courage, et nous ferons trembler Ceux dont les lâchetés pensent nous accabler.
Le peuple ici vous aime , et hait ces cœurs infâmes ;
Et c’est être bien fort que régner sur tant d’âmes.
Mais votre frère Attale adresse ici ses pas.
NICOMÈDE
11 ne m’a jamais vu , ne me découvrez pas *.