‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 189 sur 417 · LAODICE, NICOMÈDE, ATTALE · texte numérisé non relu

LAODICE, NICOMÈDE, ATTALE

ATTALE

Quoi î madame , toujours un front inexorable !

Ne pourrai-je surprendre un regard favorable ,

Un regard désarmé de toutes ces rigueurs ,

Et tel qu’il est enfin quand il gagne les cœurs?

LAODICE

Si ce front est mal propre à m'acquérir le vôtre 2 ,

Quand j'en aurai dessein, j’en saurai prendre un autre.

ATTALE

Vous ne requerrez point , puisqu’il est tout à vous.

LAODICE

Je n’ai donc pas besoin d’un visage plus doux.

ATTALE

Conservez-le , de grâce, après l’avoir su prendre.

* Il serait mieux, à mon avis, que Nicomède apportât quelque raison qui fît voir qu’il ne doit pas être reconnu par son frère avant d’avoir parlé au roi. U semble que Nicomède veuille seulement se procurer ici le plaisir d’embarrasser son frère, et que l’auteur ne songe qu’à ménager une de ces scènes théâtrales. Celle-ci est plutôt de la haute comédie que de la tragédie ; elle est attachante , et quoiqu’elle ne produise rien dans la pièce , elle fait plaisir. (V.)

2 Mal propre, dans toutes ses acceptions, est absolument banni du style noble ; et, par la construction , il semble que le front de Laodice soit mal propre à acquérir le front d’ Attale; de plus, prendre un front est un barbarisme ; on dit bien, il prit un visage sévère , un front serein ou triste ; mais en général , on ne peut, pas dire , prendre un front, parce qu’on ne peut pas prendre ce qu’on a. Il faut ajouter une épithète qui marque le sentiment qu’on peint sur son front , sur son visage. (V.)

Page 1