ACTE IV, SCÈNE III
PRUSIAS
Ali ! madame!
ARSINOÉ
Oui, seigneur, cette heure infortunée Par vos derniers soupirs clora ma destinée ;
Et, puisque ainsi jamais il ne sera mon roi,
Qu’ai-je à craindre de lui? que peut-il contre moi?
Tout ce que je demande en faveur de ce gage ,
De ce fils qui déjà lui donne tant d’ombrage.
C’est que chez les Romains il retourne achever Des jours que dans leur sein vous fîtes élever ;
Qu’il retourne y traîner, sans péril et sans gloire,
De votre amour pour moi l’impuissante mémoire.
Ce grand prince vous sert , et vous servira mieux Quand il n’aura plus rien qui lui blesse les yeux :
Et n’appréhendez point Rome, ni sa vengeance ;
Contre tout son pouvoir il a trop de vaillance : il sait tous les secrets du fameux Annibal,
De ce héros à Rome en tous lieux si fatal , .
Que l’Asie et l’Afrique admirent l’avantage Qu’en tire Antiochus , et qu’en reçut Carthage.
Je me retire donc, afin qu’en liberté Les tendresses du sang pressent votre bonté ;
Et je ne veux plus voir ni qu’en votre présence Un prince que j’estime indignement m'offense ,
Ni que je sois forcée à vous mettre en courroux Contre un fils si vaillant et si digne de vous.