‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 24 sur 417 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Redoutez-vous son frère? Après la paix infâme Que même en la jurant je détestais dans l’âme ,

J’ai fait lever des gens par des ordres secrets Qu’à vous suivre en tous lieux vous trouverez tout prêts;

Et, tandis qu’il fait tête aux princes d’Arménie,

Nous pouvons sans péril briser sa tyrannie.

Qui vous fait donc pâlir à cette juste loi?

Est-ce pitié pour elle? est-ce haine pour moi?

Voulez- vous i’épouser afin qu’elle me brave,

Et mettre mon destin aux mains de mon esclave?

Vous ne répondez point! Allez, enfants ingrats ,

Pour qui je crus en vain conserver ces États :

J’ai fait votre oncle roi , j’en ferai bien un autre ;

Et mon nom peut encore ici plus que le vôtre.

SÉLEUCUS

Mais, madame, voyez que pour premier exploit...

CLÉOPÂTRE

Mais que chacun de vous pense à ce qu’il me doit.

Je sais bien que le sang qu’à vos mains je demande N’est pas le digne essai d’une valeur bien grande ;

Mais si vous me devez et le sceptre et le jour,

Ce doit être envers moi le sceau de votre amour :

Sans ce gage ma haine à jamais s’en défie ;

Ce n’est qu’en m’imitant que l’on me justifie.

Rien ne vous sert ici de faire les surpris ;

Je vous le dis encor, le trône est à ce prix ;

Je puis en disposer comme de ma conquête ;

Point d’aîné , point de roi , qu’en m’apportant sa tête ;

Et puisque mon seul choix vous y peut élever 1 ,

Pour jouir de mon crime il le faut achever 2 .

comme il y a un vers entre deux, le sens ne se présente pas Clairement.

* Cet y se rapporte à trône, qui est quatre vers auparavant : les pronoms , les adverbes doivent toujours être près des noms qu’ils désignent ; c’est une règle à laquelle il n’y a point d’exception. (V.)

a Ce vers est tiès-beau. Mais comment une reine habile peut-eiie avouer son crime à ses enfants, et les presser d’en commettre un autre ? (V.)

RODOGUNR.

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