ACTE II, SCÈNE III
Redoutez-vous son frère? Après la paix infâme Que même en la jurant je détestais dans l’âme ,
J’ai fait lever des gens par des ordres secrets Qu’à vous suivre en tous lieux vous trouverez tout prêts;
Et, tandis qu’il fait tête aux princes d’Arménie,
Nous pouvons sans péril briser sa tyrannie.
Qui vous fait donc pâlir à cette juste loi?
Est-ce pitié pour elle? est-ce haine pour moi?
Voulez- vous i’épouser afin qu’elle me brave,
Et mettre mon destin aux mains de mon esclave?
Vous ne répondez point! Allez, enfants ingrats ,
Pour qui je crus en vain conserver ces États :
J’ai fait votre oncle roi , j’en ferai bien un autre ;
Et mon nom peut encore ici plus que le vôtre.
SÉLEUCUS
Mais, madame, voyez que pour premier exploit...
CLÉOPÂTRE
Mais que chacun de vous pense à ce qu’il me doit.
Je sais bien que le sang qu’à vos mains je demande N’est pas le digne essai d’une valeur bien grande ;
Mais si vous me devez et le sceptre et le jour,
Ce doit être envers moi le sceau de votre amour :
Sans ce gage ma haine à jamais s’en défie ;
Ce n’est qu’en m’imitant que l’on me justifie.
Rien ne vous sert ici de faire les surpris ;
Je vous le dis encor, le trône est à ce prix ;
Je puis en disposer comme de ma conquête ;
Point d’aîné , point de roi , qu’en m’apportant sa tête ;
Et puisque mon seul choix vous y peut élever 1 ,
Pour jouir de mon crime il le faut achever 2 .
comme il y a un vers entre deux, le sens ne se présente pas Clairement.
* Cet y se rapporte à trône, qui est quatre vers auparavant : les pronoms , les adverbes doivent toujours être près des noms qu’ils désignent ; c’est une règle à laquelle il n’y a point d’exception. (V.)
a Ce vers est tiès-beau. Mais comment une reine habile peut-eiie avouer son crime à ses enfants, et les presser d’en commettre un autre ? (V.)
RODOGUNR.