‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 250 sur 417 · FIN DE NICOMÈDE · texte numérisé non relu

FIN DE NICOMÈDE

AU LECTEUR

Ne cherchez point dans cette tragédie les agréments qui sont en possession de faire réussir au théâtre les poëmes de cette nature : vous n’y trouverez ni tendresses d’amour ni emportements de passions, ni descriptions pompeuses, ni narrations pathétiques. Je puis dire toutefois qu’elle n’a point déplu, et que la dignité des noms illustres , la grandeur de leurs intérêts , et la nouveauté de quelques caractères , ont suppléé au manque de ces grâces. Le sujet est simple , et du nombre de ces événements connus , ou il ne nous est pas permis de rien changer qu’au tant que la nécessité indispensable de les réduire dans la règle nous force d’en resserrer les temps et les lieux. Comme il ne m’a fourni aucunes femmes, j’ai été obligé de recourir à l’invention pour en introduire deux, assez compatibles l’une et l’autre avec les vérités historiques à qui je me suis attaché. L’une a vécu de ce temps-là; c’est la première femme de Rompée , qu’il répudia pour entrer dans l’alliance de Sylla , par le mariage d’Æmilie, fille de sa femme. Ce divorce est constant parle rapport de tous ceux qui ont écrit la vie de Pompée , mais aucun d’eux ne nous apprend ce que devint cette malheureuse , qu’ils appellent tous Antistie, à la reserve d’un Espagnol, évêque de Gironne , qui lui donne le nom d’Aristie , que j’ai préféré, comme plus doux à l’oreille. Leur silence m’avant laissé liberté entière de lui faire un refuge, j’ai cru ne lui en pouvoir choisir un avec plus de vraisemblance que chez les ennemis de ceux qui l’avaient outragée : cette retraite en a d’autant plus, qu’elle produit un effet véritable par les lettres des principaux de Rome que je lui fais porter à Sertorius , et que Perpenna remit entre les mains de Pompée, qui en usa comme je le marque. L’autre femme est une pure idée de mon esprit , mais qui ne laisse pas d’avoir aussi quelque fondement dans l’histoire. Elle nous apprend que les Lusitaniens appelèrent Sertorius d’Afrique pour être leur chef contre le parti de Sylla; mais elle ne nous dit point s’ils étaient en république , ou sous une monarchie. Il n’y a donc rien qui répugne à leur donner une reine ; et je ne la pouvais faire sortir d’un rang plus considérable que celui de Viriatus , dont je lui fais porter le nom , le plus grand homme que l’Espagne ait opposé aux Romains , et le dernier qui leur ait fait tête dans ces provinces avant Sertorius. Il n’était pas roi

AU LECTEUR

Page 1