‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 264 sur 417 · ACTE II, SCÈNE T · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE T

Et ce qu’ils ont osé contre leur servitude N’en a rendu le joug que plus fort et plus rude.

Qu’a fait Mandonius , qu’a fait Indibilis ,

Qu’y plonger plus avant leurs trônes avilis,

Et voir leur fier amas de puissance et de gloire Brisé contre l’écueil d’une seule victoire ?

Le grand Viriatus , de qui je tiens le jour,

D’un sort plus favorable eut un pareil retour Il défit trois préteurs , il gagna dix batailles,

11 repoussa l’assaut de plus de cent murailles ;

Et de Sérvilius l’astre prédominant Dissipa tout d’un coup ce bonheur étonnant.

Ce grand roi fut défait, il en perdit la vie,

Et laissait sa couronne à jamais asservie,

Si , pour briser les fers de son peuple captif,

Borne n’eût envoyé ce noble fugitif.

Depuis que son courage à nos destins préside ,

Un bonheur si constant de nos armes décide ,

Que deux lustres de guerre assurent nos climats Contre ces souverains de tant de potentats ,

Et leur laissent à peine , au bout de dix années ,

Pour se couvrir de nous l’ombre des Pyrénées.

Nos rois , sans ce héros, l’un de l’autre jaloux ,

Du plus heureux sans cesse auraient rompu les coups ;

Jamais ils n’auraient pu choisir entre eux un maître.

TH A MIRE

Mais consentiront-ils qu’un Romain puissel’être?

11 n’en prend pas le titre, et les traite d’égal :

Mais, Thamire, après tout, il est leur général;

Ils combattent sous lui, sous son ordre ils s’unissent;

Et tous ces rois de nom 2 en effet obéissent.

Tandis que de leur rang l’inutile fierté S’applaudit d’une vaine et fausse égalité.

1 On dit bien en général un retour du sort, et encore mieux un revers du sort, mais non pas un retour d’un sort favorable , pour exprimer une disgrâce ; au contraire, un retour d’un sort favorable signifie une nouvelle faveur de la fortune après quelque disgrâce passagère.

Racine s’est approprié cette belle expression dans Mithridate t

Reine longtemps de nom, mais en effet captive; dit Monime eu parlant d’elle-méme. (V.)

TH AM IRE

Je n’ose vous rien dire après cet avantage ,

Et voudrais comme vous faire grâce à son âge;

Mais enfin ce héros , sujet au cours des ans ,

A trop longtemps vaincu pour vaincre encor longtemps , Et sa mort...

Jouissons, en dépit de l’envie,

Des restes glorieux de son illustre vie :

Sa mort me laissera pour ma protection La splendeur de son ombre et l’éclat de son nom.

Sur ces deux grands appuis ma couronne affermie Ne redoutera point de puissance ennemie ;

Ils feront plus pour moi que ne feraient cent rois.

Mais nous en parlerons encor quelque autre fois.

Je l’aperçois qui vient.

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