ACTE IIJ, SCÈNE II
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ARISTIE
Tandis que vous avez à Rome une autre femme?
Que par un autre hymen vous me déshonorez?
Me punissent les dieux que vous avez jurés.
Si , passé ce moment, et hors de votre vue ,
Je vous garde une foi que vous avez rompue !
POMPÉE
Qu’allez- vous faire ? hélas !
ARISTIE
Ce que vous m’ensçignez.
pompée.
Éteindre un tel amour !
ARISTIE
Vous-même l’éteignez.
pompée.
La victoire aura droit de le faire renaître.
ARISTIE
Si ma haine est trop faible , elle la fera crattre.
pompée.
Pourrez- vous me haïr?
ARISTIE
J’en fais tous mes souhaits.
POMPÉE
Adieu donc pour deux jours.
ARISTIE
Adieu pour tout jamais M
1 Ce dialogue pressé, rapide, coupé, est souvent, dans Corneille, d’une grande beauté. 11 ferait beaucoup d’effet entre deux amants ; il n’en fait point entre un mari et une femme qui ne sont pas dans une situation assez douloureuse. Il était impossible de faire d’un tel sujet une véritable tragédie. Les demi-passions ne réussissent jamais à la longue ; et les intérêts politiques peuvent tout au plus produire quelques beaux vers qu’on aime à citer. La seule scène de Sertorius et de Pompée suffisait alors à une nation qui sortait des guerres civiles. .Ou 11’avait rien d’aucun auteur qu’on pût comparer à ce morceau sublime, et on pardonnait à tout le reste en faveur de ces beautés qui n’appar* tenaient, dans le inonde entier, qu’à Corneille. (V.)