‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 299 sur 417 · PERPENNA, ARISTIE, V1RIATE, THAMIRE , ARCAS · texte numérisé non relu

PERPENNA, ARISTIE, V1RIATE, THAMIRE , ARCAS

PERPENNA, à Viriate.

Sertorius est mort; cessez d’être jalouse ,

Madame, du haut rang qu’aurait pris son épouse,

Et n’appréhendez plus, comme de son vivant ,

Qu’en vos propres États elle ait le pas devant '.

Si l’espoir d’Aristie a fait ombrage au vôtre ,

Je puis vous assurer et d’elle et de toute autre ,

Et que ce coup heureux saura vous maintenir Et contre le présent et contre l’avenir.

C’était un grand guerrier , mais dont le sang ni l’âge Ne pouvaient avec vous faire un digne assemblage ;

Et malgré ces défauts , ce qui vous en plaisait ,

bes qui offensent l’oreille : jusqu'à ce que. Cela paraît une minutie ; ce n’en est point une : ce défaut répété forme un style trop barbare. J’ai lu dans une tragédie :

Nous l’attendrons tous trois jusqu’à ce qu’il se montre ,

1 ' parce que les proscrits s’en vont à sa rencontre. (V.)

» C’est une chose également révoltante et froide que l’ironie avec laquelle cet assassin vient répéter à Viriate ce qu’elle lui avait dit au second acte , qu’elle craignait qu’Aristie ne prît le pas devant. Il vient se proposer avec des qualités où Viriate trouvera de quoi mériter une reine • Son bras l’a dégagée d’un choix abject. Enfin il fait entendre à la reine qu’il est plus jeune que Sertorius. Il n’y a point de connaisseur qui ne se rebute à cette lecture ; le seul fruit qu’on en puisse retirer, c’est que jamais on ne doit mettre un grand crime sur la scène , qu’on ne fasse frémir le spectateur ; que c’est là où il faut porter le trouble et l’effroi dans l’àme, et que tout ce qui n’émeut point est indigne de la scène tragique. C’est une règle puisée dans la nature , qu'il ne faut point parler d’amour quand on vient de commettre un crime horrible, moins par amour que par ambition. Comment ce froid amour d’un scélérat pourrait-il produire quelque intérêt? Que le forcené Ladislas , emporté par sa passion, teint du sang de son rival, se jette aux pieds de sa maîtresse , on est ému d’horreur et de pitié. Oreste fait un effet admirable dans Andromaque , quand il paraît devant HcFmione qui l’a forcé d’assassiner Pyrrhus. Point de grands crimes sans de grandes passions qui fassent pleurer pour le criminel même. C’est là la vraie tragédie. (V.)

C'était sa dignité qui vous tyrannisait.

Le nom de général vous le rendait aimable ;

A vos rois, à moi-même il était préférable ;

Vous vous éblouissiez du titre et de l’emploi :

Et je viens vous offrir et l’un et l’autre en moi,

Avec des qualités où votre âme hautaine Trouvera mieux de quoi mériter une reine.

Un Romain qui commande et sort du sang des rois ( Je laisse l’âge à part) peut espérer son choix,

Surtout quand d’un affront son amour l’a vengée ,

Et que d’un choix abject son bras l’a dégagée.

AR1STIE.

Après t’être immolé chez toi ton général ,

I oi , que faisait trembler l’ombre d’un tel rival ,

Lâche , tu viens ici braver encor des femmes ,

Vanter insolemment tes détestables flammes ,

T’emparer d’une reine en son propre palais,

Et demander sa main pour prix de tes forfaits !

Crains les dieux , scélérat , crains les dieux , ou Pompée ; Crains leur haine, ou son bras, leur foudre , ou son épée ;

Et, quelque noir orgueil qui te puisse aveugler.

Apprends qu’il m’aime encore, et commence à trembler.

Tu le verras, méchant, plus tôt que tu ne penses;

Attends, attends de lui tes dignes récompenses.

perpenna.

S-’il en croit votre ardeur , je suis sûr du trépas ;

Mais peut-être , madame , il ne l’en croira pas ;

Et quand il me verra commander une armée Contre lui tant de fois à vaincre accoutumée ,

II se rendra facile à conclure une paix Qui faisait dès tantôt ses plus ardents souhaits.

J’ai même entre mes mains un assez bon otage ,

Pour faire mes traifés avec quelque avantage.

Cependant vous pourriez , pour votre heur et. le mien ,

Ne parler pas si haut à qui ne vous dit rien 1 .

Ces menaces en l’air vous donnent trop de peine.

Après ce que j’ai fait, laissez faire la reine;

Et, sans blâmer des vœux qui ne vont point à vous ,

1 Ce sont des vers de Jodelet; et je ne vous (lis rien , après lui avoir parlé assez longtemps , est encore plus comique. (V.)

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