POMPÉE, PERPENNA, VIRIATE, ARISTIE, CELSUS, ARCAS, THAMIRE
PERPENNA
Seigneur, vous aurez su ce que je viens de faire.
Je vous ai de la paix immolé l’adversaire,
1 Aristie répète ici les mômes choses que lui a dites Perpenna dans la scène précédente. On a déjà observé que l’ironie doit rarement être employée dans le tragique; mais dans un moment qui doit inspirer le trouble et la terreur, elle est un défaut capital. Aristie ne fait ici qu’un réle inutile , et peu digne de la femme de Pompée. On a tué Sertorius qu’elle n’aimait point, elle se trouve dans les mains de Perpenna , elle ne sert qu a faire remarquer combien elle a fait un voyage inutile en Espagne. (V.j
L’amant de votre femme , et ce rival fameux Qui s’opposait partout au succès de vos vœux.
Je vous rends Aristie, et finis cette crainte Dont votre âme tantôt se montrait trop atteinte ;
Et je vous affranchis de ce jaloux ennui Qui ne pouvait la voir entre les bras d’autrui.
Je fais plus ; je vous livre une fière ennemie ,
Avec tout son. orgueil et sa Lusitanie ;
Je vous en ai fait maître , et de tous ces Romains Que déjà leur bonheur a remis en vos mains.
Comme en un grand dessein , et qui veut promptitude ,
On ne s’explique pas avec la multitude,
Je n’ai point cru, seigneur, devoir apprendre à tons Celui d’aller demain me rendre auprès de vous;
Mais j’en porte sur moi d’assurés témoignages.
Ces lettres de ma foi vous seront de bons gages ;
Et vous reconnaîtrez, par leurs perfides traits.
Combien Rome pour vous a d’ennemis secrets ,
Qui tous , pour Aristie enflammés de vengeance ,
Avec Sertorius étaient d’intelligence.
Lisez.
Il lui donne les lettres qa’Aristie avait apportées de Rome à Serloriu* ARISTIE.
Quoi, scélérat! quoi, lâche! oses-tu bien...
PERPENNÀ.
Madame , il est ici votre maître et le mien ;
11 faut en sa présence un peu de modestie ;
Et si je vous oblige à quelque repartie ,
La faire sans aigreur, sans outrages mêlés,
Et ne point oublier devant qui vous parlez.
Vous voyez là, seigneur, deux illustres rivales,
Que cette perte anime à des haines égales.
Jusques au dernier point elles m’ont outragé;
Mais , puisque je vous vois, je suis assez vengé.
Je vous regarde aussi comme un dieu tutélaire ;
Et ne puis... Mais, ô dieux! seigneur, qu’allez-vous faire n
POMPÉE, après avoir brûlé les lettres sans les lire. Montrer d’un tel secret ce que je veux savoir.
Si vous m’aviez connu, vous l’auriez su prévoir.
Rome en deux factions trop longtemps partagées