ACTE V, SCÈNE VI
N’y sera point pour moi de nouveau replongée;
Et, quand Sylla lui rend sa gloire et son bonheur,
Je n'y remettrai point le carnage et l’horreur.
Oyez, Celsus.
. (Il lui parle à l’oreille. )
Surtout empêchez qu’il ne nomme Aucun des ennemis qu’elle m’a faits à Rome.
(à Perpenna.)
Vous, suivez ce tribun ; j’ai quelques intérêts Qui demandent ici des entretiens secrets.
PERPENNA
Seigneur, se pourrait-il qu’après un tel service...
POMPÉE
J’en connais l’importance, et lui rendrai justice.
Allez,
PERPENNA
Mais cependant leur haine...
POMPÉE
C’est assez.
Je suis maître ; je parle ; allez , obéissez 1.
* Le froid qui règne dans ce dénoûment vient principalement du rôle bas et méprisable que joue Perpenna. Il est assez lâehe pour venir accuser la femme de Pompée d’avoir voulu faire des ennemis à son mari clans le temps de son divorce , et assez imbécile pour croire que Pompée lui en saura gré dans le temps qu’il reprend sa femme. Un défaut non moins grand, c’est que cette accusation contre Aristie est un faible épisode auquel on ne s’attend point. C’est une belle chose dans l’histoire, que Pompée brûle les lettres sans les lire ; mais ce n’est point du tout une chose tragique : ce qui arrive dans un cinquième acte, sans avoir été préparé dans les premiers, ne fait jamais une impression violente. Ces lettres sont une chose absolument étrangère à la pièce. A joutez à tous ces défauts contre l’art du théâtre que le supplice d’un criminer, et surtout d’un criminel méprisable , ne produit jamais aucun mouvement dans l’âme ; le spectateur ne craint ni n’espère. Il n’y a point d’exemple d’un dénoûment pareil qui Ait remué l’âme , et il n’y en aura point. Aristote avait bien raison et connaissait bien le cœur humain , quand il disait que le simple châtiment d’un coupable ne pouvait être un sujet propre au théâtre. Encore une fois, le cœur veut être ému ; et, quand on ne le trouble pas, on manque à la première loi de la tragédie. Viriate parle noblement à Pompée ; mais des compliments finissent toujours une tragédie froidement. Toutes ces vérités sont dures , je l’avoue ; mais à qui dures? à un homme qui n’est plus. Quel bien lui ferai-je en le flattant? quel mal, en disant vrai? Ai-je entrepris un vain panégyrique ou un ouvrage utile? Ce n’est pa< pour lui que je réfléchis , et que j’écrft ce que m’ont appris cinquante ans d’expérience , c’est pour les auteurs et pour les lecteurs. Quiconque