ACTE I, SCÈNE I
Pour rompre son hymen j’ai fait prendre les armes ;
n tumulte au palais je suis vite accouru ;
1 ans toute sa fureur mon transport a paru. y.! lais Sauver un bien qu’on m’ôtait par surprise;
, averti trop tard, j’ai manqué l’entreprise :
.ü 4üc, unique objet de ce transport jaloux, l’aimable Henriette était déjà l’époux.
Si j’ai trop éclaté, si l’on m’en fait un crime,
Je mourrai de l’amour innocente victime; Malheureux de savoir qu’après ce vain effort Le duc toujours heureux jouira de ma mort.
SALSBURY.
Cette jeune duchesse a mérité , sans doute ,
Les cruels déplaisirs que sa perte vous coûte :
Mais , dans l’heureux succès que vos soins avaient eu, Aimé d’elle en secret, pourquoi vous être tu?
La reine, dont pour vous la tendresse infinie Prévient jusqu’aux souhaits...
LE COMTE D’ESSEX
C’est là sa tyrannie.
Et que me sert , hélas ! cet excès de faveur,
Qui ne me laisse pas disposer de mon cœur ?
Toujours trop aimé d’elle , il m’a fallu contraindre Cet amour qu’Henriette eut beau vouloir éteindre. Pour ne hasarder pas un objet si charmant.
De la sœur de Suffolk je me ieigms amant *.
Soudain son implacable et jalouse colère Éloigna de mes yeux et la sœur et le frère.
Tous deux , quoique sans crime , exilés de la cour , M’apprirent encor mieux à cacher mon amour.
i U n’y avait pas plus de sœur de Suffolk que de duc d’irton. Le comte d’Essex était marié. L’intrigue de la tragédie n’est qu’un roman ; le grand point est que ce roman puisse intéresser. On demande jusqu’à quel point il est permis de falsifier l’histoire dans un poème. Je ne crois pas qu’on puisse changer, sans déplaire, les faits ni même les caractères connus du public. Un auteur qui représenterait César battu à Pharsale serait aussi ridicule que celui qui , dans un opéra » introduirait César sur la scène, chantant alla fuga, a \ lo scampo signori. Mais quand les événements qu’on traite sont ignorés d’une* aation , l’auteur en est absolument le maître. Presque personne en France , du temps de Thomas; Corneille, n’était instruit de l’histoire d’Angleterre; aujourd’hui un poète devrait être plus circonspect. (V.)
LE COMTE D’ESSEX
Vous en voyez la suite , et mon malheur extrême. Quel supplice ! un rival possède ce que j’aime ! L’ingrate au duc d’Irton a pu se marier !
Ali ciel !
SALSBURY.
Elle est coupable, il la faut oublier.
LE COMTE D’ESSEX
L’oublier ! et ce cœur en deviendrait capable !
Ab ! non , non ; voyons-la cette belle coupable.
Je l’attends en ce lieu. Depuis le triste jour Que son funeste hymen a trahi mon amour,
N’ayant pu lui parler, je viens enfin lui dire...
SALSBfURY.
La voici qui paraît. Adieu , je me retire.
Quoi que vous attendiez d’un si cher entretien ,
Songez qu’on veut vous perdre, et ne négligez rien.