LA DUCHESSE, LE COMTE D’ESSEX
J’ai causé vos malheurs ; et le trouble où vous êtes M’apprend de mon hymen les plaintes que vous faites; Je me les fais pour vous. Vous m’aimiez , et jamais Un si beau feu n’eut droit de remplir mes souhaits : Toi*t ce que peut l’amour avoir de fort , de tendre ,
Je l’ai vu dans les soins qu’il vous a fait me rendre. Votre cœur tout à moi méritait que le mien Du plaisir d’être à vous fît son unique bien ;
C’est à quoi son penchant l’aurait porté sans peine. Mais vous vous êtes fait trop aimer de la reine :
Tant de biens répandus sur vous jusqu’à ce jour, Payant ce qu’on vous doit, déclarent son amour.
Cet amour est jaloux; qui le blesse est coupable ;
C’est un crime qui rend sa perte inévitable :
La vôtre aurait suivi. Trop aveugle pour moi.
Du précipice ouvert vous n’aviez point d’effroi.
U a fallu prêter une aide à la faiblesse
Qui de vo§ sens charmés se rendait la maîtresse :
Tant que vous m’eussiez vue en pouvoir d’être à vous,