‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 337 sur 417 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

T’oint (l’hymen. Mais enfin je ne suis point aimée ; Mon cœur de ses dédains ne peut venir à bout;

Et, dans ce désespoir, qui peut tout ose tout.

LA DUCHESSE

Ah ! faites-lui paraître un cœur plus magnanime.

Ma sévère vertu lui doit-elle être un crime?

Et l’aide qu’à vos feux j’ai cru devoir offrir Vous le fait-elle voir plus digne de périr ?

* ÉLISABETH

J’ai tort , je le confesse ; et, quoique je m’emporte , Je sens que ma tendresse est toujours la plus forte. Ciel , qui me réservez à des malheurs sans fin ,

Il ne manquait donc plus à mon cruel destin Que de ne souffrir pas , dans cette ardeur fatale ,

Que je fusse en pouvoir de haïr ma rivale î Ah ! que de la vertu les charmes sont puissants ! Duchesse, c’en est fait, qu’il vive, j’y consens.

Par un même intérêt vous craignez , et je tremble. Pour lui , contre lui-même , unissons-nous ensemble Tirons-le du péril qui ne peut l’alarmer,

Toutes deux pour le voir, toutes deux pour l’aimer. Un prix bien inégal nous en paîra la peine ;

Vous aurez tout son cœur, je n’aurai que sa haine : Mais n’importe, il vivra , son crime est pardonné; Je m’oppose à sa mort. Mais l’arrêt est donné, L’Angleterre le sait, la terre tout entière JJ’une juste surprise en fera la matière.

Ma gloire, dont toujours il s’est rendu l’appui ,

Veut qu’il demande grâce; obtenez-le de lui.

Vous avez sur son cœur une entière puissance.

Allez ; pour le soumettre usez de violence.

Sauvez-le , sauvez-moi : dans le trouble où je suis , M’en reposer sur vous est tout ce que je puis'.

LE COMTE D’ESSEX

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