ÉLISABETH, LA DUCHESSE, TILNEY
ÉLISABETH
Quoi! déjà de retour! As-tu tout arrêté?
A-t-on reçu mon ordre? est-il exécuté'*
Madame...
LE COMTE D'ESSËX.
ÉLISABETH
Tes regards augmentent mes alarmes.
Qû’est-ce donc ? qu’a-t-on fait?
TILNEY
Jugez-en par mes larmes.
ÉLISABETH
Par tes larmes î Je crains le plus grand des malheurs.
Ma flamme t’est connue, et tu verses des pleurs ! Aurait-on , quand l’amour veut que le comte obtienne... Ne m’apprends point sa mort , si tu ne veux la mienne. Mais d’une âme égarée inutile transport î C’en sera fait, sans doute?
TILNEY
Oui , madame.
ÉLISABETH
Et lu Tas pu souffrir?
Il est mort/
Le cœur saisi d’alarmes ,
J’ai couru; mais partout je n’ai vu que des larmes.
Ses ennemis, madame, ont tout précipité :
Déjà ce triste arrêt était exécuté ;
Et sa perte , si dure à votre âme affligée ,
Permise malgré vous , ne peut qu’être vengée.
ÉLISABETH
Enfin ma barbarie en est venue à bout !
Duchesse , à vos douleurs je dois permettre tout. Plaignez-vous , éclatez : ce que vous pourrez dire Peut-être avancera la mort que je désire.
LA DUCHESSE
Je cède à la douleur, je ne puis le celer;
Mais mon cruel devoir me défend de parler ;
Et , comme il m’est honteux de montrer par mes larmes Qu’en vain de mon amour il combattait les charmes ,
Je vais pleurer ailleurs , après ces rudes coups,
Ce que je n’ai perdu que par vous , et pour vous.