‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 352 sur 417 · ÉLISABETH, LA DUCHESSE, TILNEY · texte numérisé non relu

ÉLISABETH, LA DUCHESSE, TILNEY

ÉLISABETH

Quoi! déjà de retour! As-tu tout arrêté?

A-t-on reçu mon ordre? est-il exécuté'*

Madame...

LE COMTE D'ESSËX.

ÉLISABETH

Tes regards augmentent mes alarmes.

Qû’est-ce donc ? qu’a-t-on fait?

TILNEY

Jugez-en par mes larmes.

ÉLISABETH

Par tes larmes î Je crains le plus grand des malheurs.

Ma flamme t’est connue, et tu verses des pleurs ! Aurait-on , quand l’amour veut que le comte obtienne... Ne m’apprends point sa mort , si tu ne veux la mienne. Mais d’une âme égarée inutile transport î C’en sera fait, sans doute?

TILNEY

Oui , madame.

ÉLISABETH

Et lu Tas pu souffrir?

Il est mort/

Le cœur saisi d’alarmes ,

J’ai couru; mais partout je n’ai vu que des larmes.

Ses ennemis, madame, ont tout précipité :

Déjà ce triste arrêt était exécuté ;

Et sa perte , si dure à votre âme affligée ,

Permise malgré vous , ne peut qu’être vengée.

ÉLISABETH

Enfin ma barbarie en est venue à bout !

Duchesse , à vos douleurs je dois permettre tout. Plaignez-vous , éclatez : ce que vous pourrez dire Peut-être avancera la mort que je désire.

LA DUCHESSE

Je cède à la douleur, je ne puis le celer;

Mais mon cruel devoir me défend de parler ;

Et , comme il m’est honteux de montrer par mes larmes Qu’en vain de mon amour il combattait les charmes ,

Je vais pleurer ailleurs , après ces rudes coups,

Ce que je n’ai perdu que par vous , et pour vous.

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