‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 359 sur 417 · ACTE I , SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE II

Du moins vous savez bien qu’il vous plaît de le faire.

Bon cela : mais il est certains impertinents ,

Adroits, de fort esprit, hardis, entreprenants,

Qui, sans savoir pourquoi, traitent de ridicules Les plus justes motifs des plus sages scrupules;

Et qui font vanité de ne trembler de rien ,

Par l’entêtement seul que cela leur sied bien.

Si j’avais , par malheur , un tel maître : « Ame crasse , » Lui dirais-je tout net , le regardant en face , a Osez-vous bien ainsi braver à tous moments « Ce que l’enfer pour vous amasse de tourments ?

« Un rien , un mirmidon , un petit ver de terre ,

« Au ciel impunément croit déclarer la guerre !

« Allez , malheur cent fois à qui vous applaudit !

« C’est bien à vous » (je parle au maître que j’ai dit)

« A vouloir vous railler des choses les plus saintes;

« A secouer le joug des plus louables craintes !

« Pour avoir de grands biens et de la qualité ,

« Une perruquetrtonde, être propre, ajusté,

« Tout en couleur de*feu , pensez- vous... » ( Prenez garde , Ce n’est pas vous, au moins, que tout ceci regarde ; )

« Pensez-vous en avoir plus de droit d’éclater u Contre les vérités dont vous osez douter ?

« De moi , votre valet , apprenez , je vous prie ,

« Qu’en vain les libertins de tout font raillerie ,

« Que le ciel tôt ou tard , pour leur punition... »

D. JIJAN.

Paix.

SGANARELLE

Çà, voyons : de quoi serait-il question?

D. JUAN

De te dire en deux mots qu’une flamme nouvelle Ici , sans t’en parler, m’a fait suivre une belle.

Et n’y craignez- vous rien pour ce commandeur mort ?

D. JUAN

Je l’ai si bien tué ! chacun le sait.

SGANARELLE

D’accord ,

On ne peut rien de mieux ; et , s’il osait s’en plaindre ,

Il aurait tort : mais...

LE FESTIN DE PIERRE

D. JUAN

Quoi ?

SGANARELLE

Ses parents sont à craindre.

D. JUAN

Laissons là tes frayeurs , et songeons seulement A ce qui me peut faire un destin tout charmant.

Celle qui me réduit à soupirer pour elle Est une fiancée aimable , jeune , belle ,

Et conduite en ces lieux , où j’ai suivi ses pas , v Par l’heureux à qui sont destinés tant d’appas.

Je la vis par hasard , et j’eus cet avantage Dans le temps qu’ils songeaient à faire leur voyage.

Il faut te l’avouer , jamais jusqu’à ce jour Je n’ai vu deux amants se montrer tant d’amour.

De leurs cœurs trop unis la tendresse visible ,

Me frappant tout à coup , rendit le mien sensible ;

Et, les voyant céder aux transports les plus doux ,

Si je devins amant , je fus amant jaloux.

Oui , je ne pus souffrir , sans un dépit extrême ,

Qu’ils s’aimassent autant que l’un et l’autre s’aime.

Ce bizarre chagrin alluma mes désirs :

Je me fis un plaisir de troubler leurs plaisirs ,

De rompre adroitement l’étroite intelligence Dont mon cœur délicat se faisait une offense.

N’ayant pu réussir , plus amoureux toujours r C’est au dernier remède, enfin, que j’ai recours :

Cet époux prétendu , dont le bonheur me blesse ,

Doit aujourd’hui sur mer régaler sa maîtresse ;

Sans t’en avoir rien dit , j’ai dans mes intérêts Quelques gens qu’au besoin nous trouverons tout prêts Ils auront une barque où la belle enlevée Rendra de mon amoui1 la victoire achevée.

SGANARELLE

Ah ! monsieur !

Hé?

SGANARELLE

C’est la le prendre comme il faut :

Vous faites bien.

D. JUAN

L’amour n’est pas un grand défaut

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