EL VIRE, D. JUAN, SGANARELLE, GUSMAN
Don Juan voudra-t-il encor me reconnaître ?
Et puis-je me flatter que le soin que j’ai pris...
n. JUAN.
Madame, à dire vrai, j’en suis un peu surpris;
Rien ne devait ici presser votre voyage.
~ J’y viens faire , sans doute , un méchant personnage ;
Et, par ce froid accueil, je commence de voir L’erreur où m’avait mise un trop crédule espoir.
J’admire ma faiblesse , et l’imprudence extrême Qui m’a fait consentir à me tromper moi-même ,
A démentir mes yeux sur une trahison Où mon cœur refusait de croire ma raison.
Oui , pour vous , contre moi, ma tendresse séduite,
Quoi qu’on pût m’opposer , excusait votre fuite :
Cent soupçons, qui devaient alarmer mon amour,
Avaient beau contre vous me parler chaque jour ,
A vous justifier toujours trop favorable ,
J’en rejetais la voix qui vous rendait coupable Et je ne regardais , dans ce trouble odieux ,
Sganarelle est auprès de D. Juan ce que Sancho Pança est auprès de D. Quichotte; il ne cesse de condamner les entreprises téméraires de son maître, et cependant il s* y prête malgré lui, par faiblesse et par complaisance : c’est un caractère de valet plaisant, original. Sa simplicité, sa bonhomie, sa naïveté, forment un contraste charmant avec Va fausseté et la scélératesse de don Juan. ( Geoffroy.)
LE FESTIN DE PIERRE
Que ce qui vous peignait innocent à mes yeux.
Mais un accueil si froid et si plein de surprise M'apprend trop ce qu’il faut que pour vous je me dise ;
Je n’ai plus à douter qu’un honteux repentir Ne vous ait , sans rien dire , obligé de partir.
J’en veux pourtant , j’en veux , dans mon malheur extrême Entendre les raisons de votre bouche même.
Parlez donc, et sachons par où j’ai mérité Ce qu’ose contre moi votre infidélité.
D. JUAN
Si mon éloignement m’a fait croire infidèle.
J’ai mes raisons , madame ; et voilà Sganarelle Qui vous dira pourquoi...
SGANARELLE
Je le dirai? Fort bien !
D. JUAN
Usait...
SGANARELLE
Moi ? s’il vous plaît, monsieur , je ne sais rien.
Eh bien , qu’il parle ; il faut souffrir tout pour vous plaire.
Allons, parle à madame ; il ne faut point se taire.
SGANARELLE
Vous,vous moquez, monsieur.
ELVIRE , à Sganarelle.
Puisqu’on le veut ainsi , Approchez, et voyons ce mystère éclairci.
Quoi ! tous deux interdits! Est-ce là pour confondre...
D. JUAN
Tu ne répondras pas ?
SGANARELLE
Je n’ai rien à répondre.
D. JUAN
Veux-tu parler? te dis-je.
SGANARELLE
Eh bien, allons, tout doux.
Madame...
Quoi?
SGANARELLE, à D. Juan., Monsieur...