ACTE I, SCÈNE III
Redoute mon courroux .
SGANARELLE
Madame, un autre monde , avec quelque autre chose, Comme les conquérants , Alexandre est la cause Qui nous a fait en hâte , et sans vous dire adieu , Décamper l’un et l’autre , et venir en ce lieu.
Voilà pour vous , monsieur, tout ce que je puis faire.
Vous plaît-il, don Juan, m’éclaircir ce mystère?
D. JUAN
Madame, à dire vrai, pour ne pas abuser...
Ah ! que vous savez peu l’art de vous déguiser !
Pour un homme de cour, qui doit , avec étude,
De feindre , de tromper , avoir pris l’habitude , Demeurer interdit , c’est mal faire valoir La noble effronterie où je vous devrais voir.
Que ne me jurez-vous que vous êtes le même ,
Que vous m’aimez toujours autant que je vous aime; Et que la seule mort , dégageant votre foi ,
Rompra l’attachement que vous avez pour moi?
Que ne me dites-vous qu’une affaire importante A causé le départ dont j’ai pris l’épouvante ;
Que, si de son secret j’ai lieu de m’offenser,
Vous avez craint les pleurs qu’il m’aurait fait verser ; Qu’ici d’un long séjour ne pouvant vous défendre Je n’ai qu’à vous quitter, et vous aller attendre;
Que vous me rejoindrez avec l’empressement Qu’a pour ce qu’il adore un véritable amant ;
Et qu’éloigné de moi , l’ardeur qui vous enflamme Vous rend ce qu’est un corps séparé de son âme ?
Voilà par où du moins vous me feriez douter D’un oubli que mes feux devraient peu redouter.
D. JUAN
Madame , puisqu’il faut parler avec franchise ,
Apprenez ce qu’en vain mon trouble vous déguise.
Je ne vous dirai point que mes empressements Vous conservent toujours les mêmes sentiments,
Et que , loin de vos yeux , ma juste impatience Pour le plus grand des maux me fait compter l’absence.
LE FESTIN DE PIERRE
Si j’ai pu me résoudre à fuir , à vous quitter ,
Je n’ai pris ce dessein que pour vous éviter.
Non que mon cœur encor, trop touché de vos charmes, K’ait le môme penchant à vous rendre les armes ;
Mais un pressant scrupule , à qui j’ai dû céder , M’ouvrant les yeux de l’âme , a su m’intimider ,
Et fait voir qu’avecvous , quelque amour qui m’engage , Je ne puis, sans péché, demeurer davantage.
J’ai fajt réflexion que , pour vous épouser,
Moi-même trop longtemps j’ai voulu m’abuser;
Que je vous ai forcée à faire au ciel l’injure De rompre en ma faveur une sainte clôture,
Où par des vœux sacrés vous aviez entrepris De garder pour le monde un éternel mépris.
Sur ces réflexions, un repentir sincèrfc M’a fait appréhender la céleste colère :
J’ai cru que votre hymen, trop mal autorisé,
N’était pour tous les deux qu’un crime déguisé;
Et que je ne pouvais en éviter les peines
Qu’en tâchant de vous rendre à vos premières chaînes.
N’en doutez point : voilà , quoique avec mille ennuis ,
Et pourquoi je m’éloigne , et pourquoi je vous fuis.
Par un frivole amour voudriez-vous , madame ,
Combattre le remords qui déchire mon âme ,
Et qu’en vous retenant j’attirasse sur nous Du ciel toujours vengeur l’implacable courroux P
Ali ! scélérat , ton cœur , aussi lâche que traître , Commence tout entier à se faire connaître ;
Et, ce qui me confond dans tout ce que j’attends * ,
Je le connais enfin lorsqu’il n’en est plus temps.
Mais sache , à me tromper quand ce cœur s’étudie ?
Que ta perte suivra ta noire perfidie;
Et que ce même ciel, dont tu t’oses railler ,
A me venger de toi voudra bien travailler.
. SGANARELLE , bas.
Se peut-il qu’il résiste , et que rien ne l’étonne?
(haut. )
Monsieur...
• Les éditions modernes portent :
• . . Dans tout ce que j’entend*.