‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 362 sur 417 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

D. JUAN

De fausseté je vois qu’on me soupçonne ;

Mais, madame...

Il suffit ; je t’ai trop écouté ;

En ouïr davantage est une lâcheté :

Et, quoi qu’on ait à dire, il faut qu’on se surmonte,

Pour ne se faire pas trop expliquer sa honte.

Ne te figure point qu’en reproches en l’air Mon courroux contre toi veuille ici s’exhaler ;

Tout ce qu’il peut avoir d’ardeur , de violence ,

Se réserve à mieux faire éclater ma vengeance.

Je te le dis encor, le ciel, armé pour moi,

Punira tôt ou tard ton manquement de foi ;

Et , si tu ne crains point sa justice blessée,

Crains du moins la fureur d’une femme offensée.

( Elle sort, et D. Juan la regarde partir. ) SGANARELLE.

11 ne dit mot , il rêve; et les yeux sur les siens...

Hélas ! si le remords le pouvait prendre î

D. JUAN

Viens ;

11 est temps d’achever l’amoureuse entreprise Qui me livre l’objet dont mon âme est éprise.

Suis-moi \

SGANARELLE, à part.

Le détestable ! A quel maître maudit ,

Malgré moi, si longtemps, mon malheur m’asservit !

1 Le personnage de D. Juan possède toutes Les qualités qui frappent à la scène ; il se montre et se développe d’acte en acte avec une perversité toujours égale et des attitudes sans cesse variées : tour à tour séducteur perfide , amant infidèle, époux adultère, débiteur insolvable , duelliste audacieux, seigneur insolent , maître tyrannique, railleur cruel, fils dénaturé, athée téméraire , et redoutable hypocrite. Mais ce dernier crime ne se signale en lui que vers la fin de la pièce : pour combler la mesure de ses crimes , et lui servir à les couvrir tous : les autres éclatent dans ses faits et dans ses paroles durant le cours entier de la fable. ( M. Aimé-Martin. )

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