ACTE II, SCÈNE I
Si j’avas tout l’argent dé lisets de dessu.
Glien a tant, glien a tant, qu’au n’en saurait voir pu.
I n’ant jusqu’au collet, qui n’ va point en darrière,
Et qui leu pen devant , bâti d’une manière
Que je n’ te T saurais dire , et si j’ lai vu de près.
II ant au’bout de bras d’autres petits collets,
Aveu dé passements faits de dentale blanche ,
Qui, veniant parle bout, faison le tour dé manche.
CHARLOTTE
I faut que j’aille voir , Piarrot.
PIERROT
Oh ! si te plaît,
J’ai queuq’ chose à te dire.
CHARLOTTE
Eh bian , dis quesque c’est?
PIERROT
Vois-tu, Charlotte, i fautqu’aveu toi, com’ s’ dit l’autre, Je débonde mon cœur. Il irait trop du nôtre ,
Quand je somme pour être à nou deux tou de bon,
Si je n’ me plaignas pas.
CHARLOTTE
Quement? Quesqu’iglia don?
PIERROT
Iglia que franchement tu me chagraignes l’âme.
CHARLOTTE
Et d’où vient?
PIERROT
Tatigué , tu dois être ma femme ,
Et tu ne m’aimes pas.
CHARLOTTE
Ah ! ah ! n’est ce que ça ?
PIERROT
Non , c’ n’est qu’ ça; stanpendant c’est bian assez. Vieil çà.
CHARLOTTE
Monguieu ! toujou , Piarrot, tu m’ dis la même chose.
PIERROT
Si j’ te la dis toujou , c’est toi qu’en es la cause ;
Et , si tu me faisais queuquefouas autrement,
J’ te diras autre chose.
CHARLOTTE
Appren-moi donc quemeni
LE FESTIN DE PIERRE
Tu voudrais que j’ te fisse.
PIERROT
Oh! je veux quê tu m’aime.
CHARLOTTE
Esque je n’ t’aime pas?
PIERROT
Non , tu fais tou de môme Que si j’ n’avion point fait no zacordaille ; et si J’ n’ai rien à me r’procher là-dessus, Dieu marci.
Das qu’i passe un marcier, tout aussitôt j’ t’ajette Lé pu jolis lacets qui soient dans sa banette;
Pour t’aller dénicher dé marie , j’ ne sai zou ,
Tou les jours je m’azarde à me rompre le cou ;
Je fais jouer pour toi lé vielleu zà ta fête :
Et tout ça, contre un mur c’est me cogné la tête ^
J’ n’y gagne rien. Yois-tu? ça n’est ni biau ni bon,
De n’ vouloir pas aimer les gens qui nou zamon.
CHARLOTTE
Mo'nguieu ! je t’aime aussi ; de quoi te mettre en peine ?
blERROT.
Oui , tu m’aimes ; mais c’est d’une belle déguaine.
CHARLOTTE
Qu’es don qu’ tu veux qu’en fasse ?
PIERROT
Oh ! je veux que tout haut L’en fasse ce qu’en fait pour aimer comme i faut.
CHARLOTTE
J’ t’aime aussi comme i faut ; pourquoi don qu’ tu t’étonne?
PIERROT
Non, ça s’ voit quand jl est; et toujou zau parsonne,
Quand c’est tout d’ bon qu’on aime, en leu fait en passant Mil’ p’tite singerie. Hé ! sis-je un innocent ?
Margué, j’ ne veux que voir com’ la grosse Thomasse Fait au jeune Robain; al’ n* tien jamais en place,
Tant al’ n’est assotée ; et dès qu’ai’ 1’ voit passer,
Al’ n’attend point qu’i vienne, al’ s’en court l’agacer,
Li jett? son chapiau bas , et toujou, sans reproche,
Li fait exprès queuqu’ niche, ou baille une taloche :
Et darrainment encor que su zun escabiau Il regardait danser, al’ s’en fut bian et biau Li tirer de dessous , et Y mit à la renvarse.