‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 379 sur 417 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

D. JUAN, LÉONOR , SGANARELLE

D. JUAN

Quel bien plus grand le ciel pouvait-il m’accorder ? Présenter à mes yeux , dans un lieu si sauvage ,

La plus belle personne...

LÉONOR

Oh ! point , monsieur.

D. JUAN

Je gage

Que vous n’aVez encor que quatorze ans au plus.

SGANARELLE, à don Juan.

C’est comme il vous les faut.

LÉONOR

Quatorze ans ? je les eus

Le dernier de juillet.

SGANARELLE, bas.

0 ma pauvre innocente !

D. JUAN

Mais que cherchiez-vous là ?

LÉONOR

Des herbes pour ma tante.

C’est pour faire un remède ; elle en prend très-souveni.

D. JUAN

Veut-elle consulter un homme fort savant?

Monsieur est médecin.

LÉONOR

Ce serait là sa joie.

SGANARELLE , d’un ton grave.

Où son mal lui tient-il ? est-ce à la rate , au foie ?

LÉONOR

Sous des arbres assise , elle prend l’air là-bas ;

Allons le savoir d’elle.

D. JUAN

Hé, ne nous pressons pas.

(à Sganarcllc. )

Qu’elle est propre à causer une flamme amoureuse î

• LÉONOR

Il faudra que je sois pourtant religieuse.

LE FESTIN DE PIERRE

D. JUAN

Ah ! quel meurtre ! Et d’où vient ? Est-ce que vous avez Tant de vocation...

léonor.

Pas trop : mais vous savez

Qu’on menace une tille ; et qu’il faut, sans murmure...

D. JUAN

C’est cela qui vous tient?

LÉONOR

Et puis'ma tante assure Que je ne suis point propre au mariage.

^ D. JUAN

Vous?

Elle se moque. Allez, faites choix d’un époux :

Je vous garantis, moi, s’il faut que j’en réponde, Propre à vous marier plus que fille du monde.

Monsieur le médecin s’y connaît ; et je veux Que lui-même...

SGANARELLE , lui tâtant le pouls.

Voyons. Le cas n’est point douteux 9 Mariez-vous ; il faut vous mettre deux ensemble ,

Sinon il vous viendra malencombre.

léonor. .

Ah ! je tremble.

Et quel mal est-ce là que vous nommez ?

SGANARELLE

Un mal

Qui consume en six mois l’humide radical ;

Mal terrible , astringent, vaporeux...

Je suis morte.

SGANARELLE

Mal surtout qui s’augmente au couvent.

LÉONOR

On ne laissera pas de m’y mettre.

D. JUAN

Il n’importe.

Et pourquoi?

LÉONOR

A cause de ma sœur qu’on aime plus que moi ;

On la mariera mieux , quand on n’aura plus qu’elle.

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