‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 390 sur 417 · S* SCÈNE VII · texte numérisé non relu

S* SCÈNE VII

D. JUAN, SGANARELLE

D. JUAN

Holà, ho, Sganarelle!

SGANARELLE, derrière le thcâlre.

Qui va là ?

D. JUAN

Viendras-tu ?

SGANARELLE

Tout à l’heure. Ah! c’est vous?

D. JUAN

Coquin , quand je me bats , tu te sauves des coups?

SGANARELLE

J’étais allé , monsieur, ici près , d’où j’arrive :

Cet habit est , je crois , de vertu purgative ;

Le porter, c’est autant qu’avoir pris...

D« JUAN

Effronté !

D’un voile honnête , au moins , couvre ta lâcheté.

SGANARELLE

D’un vaillant homme mort la gloire se publie ;

Mais j’en fais moins de cas que d’un poltron en vie.

D. JUAN

Sais-tu pour qui mon bras vient de s’employer?

SGANARELLE

Non.

D. JUAN

Pour un frère d’Elvire.

SGANARELLE

Un frère? Tout de bon ?

D. JUAN

J’ai regret de nous voir ainsi brouillés ensemble ;

Il paraît honnête homme. \

SGANARELLE

Ah ! monsieur, il me semble*

Qu’en rendant un peu plus de justice à sa sœur. ..

D, JUAN

Ma passion .pour elle est usée en mon cœur,

Et les objets nouveaux le rendent si sensible ,

LE FESTIN DE PIERRE

Qu’avec rengagement il est incompatible.

D’ailleurs, ayant pris femme en vingt lieux différents, Tu sais pour le secret les détours que je prends :

A ne point éclater , toutes je les engage ;

Et si l’une en public avait quelque avantage ,

Les autres parleraient , et tout serait perdu.

SG ANARELLE.

Vous pourriez bien alors, monsieur, être pendu.

D. JUAN

Maraud î

SGANARELLE

Je vous entends; il serait plus honnête , Pour mieux vous ennoblir , qu’on vous coupât la tête ; Mais c’est toujours mourir.

D. JUAN, voyant un tombeau sur lequel est an statue.

Quel ouvrage nouveau

Vois-je paraître ici ?

SGANARELLE

Bon ! Eh I c’est le tombeau Où votre commandeur, qui pour lui le Fit faire, Grâce à vous , gît plus tôt qu’il n’était nécessaire.

D. JUAN

On ne m’avait pas dit qu’il fût de ce côté.

Allons le voir.

Pourquoi cette civilité?

Laissons-le là , monsieur ; aussi bien il me semble Que vous ne devez pas être trop bien ensemble.

D. JUAN

C’est pour faire la paix que je cherche à le voir :

Et, s’il est galant homme, il doit nous recevoir. Entrons.

SGANARELLE

Ah ! que ce marbre est beau ! Ne lui déplaise, Il s’est là, pour un mort , logé fort à son aise.

D. JUAN

J’admire cette aveugle et sotte vanité.

Un homme , en son vivant , se sera contenté D’un bâtiment fort simple ; et le visionnaire En veut un tout pompeux quand il n’en a que faire.

SGANARELLE

Voyez-vous sa statue , et comme il tient sa main ?

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