‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 391 sur 417 · ACTE III, SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIL

Dp JUAN.

Parbleu ! le voilà bien en empereur romain.

SGANARELLE

Il me fait quasi peur. Quels regards il nous jette I C est pour nous obliger , je pense , à la retraite ; Sans doute qu’à nous voir il prend peu de plaisir.

D. JUAN

Si de venir dîner il avait le loisir ,

Je le régalerais. De ma part , Sganarelle ,

Va l’en prier.

SGANARELLE

Lui?

D. JUAN

Cours.

SGANARELLE

La prière est nouvelle !

Un mort ! Vous moquez-vous ?

D. JUAN

Fais ce que je t’ai dit

SGANARELLE

Le pauvre homme, monsieur, a perdu l’appétit.

D. JUAN

Si tu n’y vas...

SGANARELLE

J’y vais... Que faut-il que je dise ?

D. JUAN

Que je l’attends chez moi.

Je ris de ma sottise ;

Mais mon maître le veut. Monsieur le commandeur ,

Don Juan voudrait bien avoir chez lui l’honneur De vous faire un régal. Y viendrez-vous?

(La statue baisse la tête; et Sganarelle, tombant sur les genoux, s’écrie :)

A l’aide!

D. JUAN

Qu’est-ce? qu’as-tu? Dis donc.

SGANARELLE

Je suis mort , sans remède.

La statue. ..

D. JUAN

Eli bien , quoi? Que v'eux-tu dire?

618 LE DESTIN DE PIERRE

SGANARELLE

Hélas î

La statue...

Enfin donc tu ne parleras pas?

SGANARELLE

J e parle ; et je vous dis , monsieur , que la statue. . .

D. JUAN

Encor?

SGANARELLE

Sa tête...

n. JUAN.

Eh bien?

SGANARELLE

Vers moi s’est abattue.

Elle m’a fait...

D. JUAN

Coquin î

SGANARELLE

Si je ne vous dis vrai, Vous pouvez lui parler , pour en faire l’essai : Peut-être...

D. JUAN

Viens, maraud, puisqu’il faut que j’en rie. Viens être convaincu de ta poltronnerie :

Prends garde. Commandeur, te rendras-tu chez moi ? Je t’attends à dîner.

( La statue baisse encore la tête. )

SGANARELLE

Vous en tenez , ma foi i

Voilà mes esprits forts , qui 11e veulent rien croire. Disputons à présent, j’ai gagné la victoire.

D. JUAN , après avoir rêvé un moment.

Allons , sortons d’ici.

SGANARELLE

Sortons. Je vous promets ,

Quand j’en serai dehors, de n’y rentrer jamais.

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