D. LOUIS, D. JUAN, SGANARELLE, LA VIOLETTE
D. JUAN
Que veut-on?
LA VIOLETTE
C’est monsieur votre père.
D. JUAN
Ah ! que cette visite était peu nécessaire !
Quels contes de nouveau me vient-il débiter ?
Qu’il a de temps à perdre !
SGANARELLE
11 le faut écouter.
D. LOUIS
Ma présence vous choque , et je vois que sans peine Vous pourriez vous passer d’un père qui vous gêne.
Tous deux , à dire vrai , par plus d’une raison ,
Nous nous incommodons d’une étrange façon :
Et , si vous êtes las d’ouïr mes remontrances ,
.Te suis bien las aussi de vos extravagances.
Ah î que d’aveuglement, quand, raisonnant en fous ,
Nous voulons que le ciel soit moins sage que nous ;
Quand , sur ce qu’il connaît qui nous est nécessaire ,
Nos imprudents désirs 11e le laissent pas faire ,
Et qu’à force de vœux nous tâchons d’obtenir Ce qui nous est donné souvent pour nous punir î La naissance d’un fils fut ma plus forte envie;
Mes souhaits en faisaient tout le bien de ma vie.;
Et ce fils que j’obtiens est fléau rigoureux
De ces jours que par lui je croyais rendre heureux.
De quel œil , dites-moi , pensez-vous que je yoie Ces commerces honteux qui seuls font votre joie ;
Ce scandaleux amas de viles actions Qu’entassent chaque jour vos folles passions ;
Ce long enchaînement de méchantes affaires Où du prince pour vous les grâces nécessaires Ont épuisé déjà tout ce qu’auprès de lui