ACTE iy, SCENE IL à2I
Mes services pouvaient m’avoir acquis d’appui ?
Ah ! fils , indigne fils , quelle est votre bassesse D’avoir de vos aïeux démenti la noblesse;
D’avoir osé ternir, par tant de lâchetés ,
Le glorieux éclat du sang dont vous sortez ,
De ce sang que l’histoire en mille endroits renomme I Et qu’avez-vous donc fait pour être gentilhomme?
Si ce titre ne peut vous être contesté ,
Pensez-vous avoir droit d’en tirer vanité,
Et qu’il ait rien en vous qui puisse être estimable,
Quand vos déréglements l’y rendent méprisable?
Non , non , de nos aïeux on a beau faire cas ,
La naissance n’est rien où la vertu n’est pas 1 ;
Aussi ne pouvons-nous avoir part à leur gloire Qu’autant que nous faisons honneur à leur mémoire.
L’éclat que leur conduite a répandu sur nous Des mêmes sentiments nous doit rendre jaloux ;
C’est un engagement dont rien ne nous dispense De marcher sur les pas qu’a tracés leur prudence ,
D’être à les imiter attachés , prompts , ardents ,
Si nous voulons passer pour leurs vrais descendants.
Ainsi de ces héros que nos histoires louent \
Vous descendez en vain, lorsqu’ils vous désavouent,
Et que ce qu’ils ont fait et d’illustre et de grand N’a pu de votre cœur leur être un sûr garant.
Loin d’être de leur sang, loin que l’on vous en compte,
L’éclat n’en rejaillit sur vous qu’à votre honte;
Et c’est comme un flambeau qui , devant vous porté,
Fait de vos actions mieux voir l’indignité.
Enfin , si la noblesse est un précieux titre ,
Sachez que la vertu doit en être l’arbitre ;
Qu’il n’est point de grands noms qui , sans elle obscurcis.,
D# JUAN
Monsieur, vous seriez mieux si vous parliez assis.
D. LOUIS
Je ne veux pas m’asseoir, insolent. J’ai beau dire.
Ma remontrance est vaine , et tu n’en fais que rire.
C’est trop : si jusqu’ici, dans mon cœur, malgré moi,
La tendresse de père a combattu pour toi,
1 Ce vers est de Molière. Son tour précis et énergique a été souvent Unité depuis.
LE FESTIN DE PIERRE
Je l’étouffe; aussi bien il est temps que j’efface La honte de te voir déshonorer ma race 9 Et qu’arrêtant le cours de tes déréglements.
Je prévienne du ciel les justes châtiments :
J’en mourrai : mais je dois mon bras à sa colère.