ACTE IV , SCÈNE VIL J’ai l’appétit, monsieur, bien ouvert, Dieu merci
D. JUAN
Je le vois.
SGANARELLE
Quand j’ai faim , je mange comme trente. Tâtez-moi de cela, la sauce est excellente.
Si j’avais ce chapon , je le mènerais loin.
(à la Violette qui lui veut donner une assiette blanche.) Tout doux , petit compère , il n’en est pas besoin ; Rengainez. Vertubleu ! pour lever les assiettes , j Vous êtes bien soigneux d’en présenter de nettes Et vous , monsieur Picard , trêve de compliment :
Je n’ai point encor soif.
D. JUAN
Va , dîne posément.
SGANARELLE
C’est bien dit.
D. JUAN
Chante-moi quelque chanson à boire.
SGANARELLE
Bientôt , monsieur ; laissons travailler la mâchoire. Quand j’aurai dit trois mots à chacun de ces plats...
Qui diable frappe ainsi?
D. JUAN, à un laquais.
Dis que je n’y suis pas.
SGANARELLE
Attendez , j’aime mieux l’aller dire moi-même.
Ah , monsieur !
D. JUAN
D’où te vient cette frayeur extrême ?
SGANARELLE, baissant la tête.
C’est le...
D. JUAN
Quoi?
SGANARELLE
Je suis mort.
D. JUAN
Veux-tu pas t’expliquer?
SGANARELLE
Du faiseur de... Tantôt vous pensiez vous moquer : Avancez, il est là ; c’est lui qui vous demande.
LE FESTIN DE PIERRE
Allons le recevoir.
D. JUAN
SGANARELLE
Si j’y vais, qu’on me pende.
D. JUAN
Quoi! d’un rien ton courage est sitôt abattu !
SGANARELLE
Ah ! pauvre Sganarelle, où te cacheras-tu ?