‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 414 sur 417 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

U. JUAN, LliONOR, PASCALE, SGANARELLE.

D. JUAN

Que de joie ! Ah ! ma belle , Vous voilà ! Je tremblais que, par quelque embarras,

Vous ne pussiez sortir.

Oh ! point. Mais n’est-ce pas Monsieur le médecin que je vois là ?

D. JUAN

Lui-même.

Il a pris cet habit , mais c’est par stratagème ,

Pour certain langoureux chez qui je l’ai mené ,

Contre les médecins de tout temps déchaîné :

Il n’en veut voir aucun ; et monsieur, sans rien dire ,

A reconnu son mal , dont il ne lait que rire.

Certaine herbe déjà l’a fort diminué.

LÉONOR

Ma tante a pris sa poudre.

SGAIiARELLE, gravement, à Léonor.

A-t-elle éternué ?

LÉONOR

Je ne sais; car soudain, sans vouloir voir personne ,

Elle s’est mise au lit.

SGANARELLE

La chaleur est fort bonne

Pour ces sortes de maux. ,.

LÉONOR

Oh ! je crois bien cela.

Et qui donc avec yous nous amenez-vous là?

LÉONOR

C’est ma nourrice. Ah!, si vous saviez, elle m’aime..,

D. JUAN

Vous avez fort bien fait, et ma joie est extrême Que, quand je vous épouse , elle soit caution...

PASCALE

Vous faites là, monsieur, une bonne action.

Pour entrer au couvent , la pauvre créature

LE FESTIN DE PIERRE

Tous les jours de soufflets avait pleine mesure; C’était pitié...

D. JUAN

Bientôt, Dieu merci, la voilà Exempte , en m’épousant , de tous ces chagrins-là.

LÉONOR

Monsieur...

D. JUAN

C’est à mes yeux la plus aimable fille...

PASCALE

Jamais vous n’en pouviez prendre une plus gentille, Qui vous pût mieux... Enfin , traitez-la doucement , Vous en aurez, monsieur, bien du contentement.

D. JUAN

Je le crois. Mais allons , sans tarder davantage, Dresser tout ce qu’il faut pour notre mariage : le veux le faire en forme, et qu’il n’y manque rien.

PASCALE

Eh î vous n’y perdrez pas ; ma fille a de bon bien. Quand son père mourut , il avait des pistoles Plus gros...

D. JUAN

Ne perdons point le temps à des paroles Allons, venez, ma belle. Ah ! que j’ai de bonheur] Vous allez être à moi.

LÉONOR

Ce m’est beaucoup d’honneur.

SGANARELLE , bas , à Pascale.

Il cherche à la duper ; gardez qu’il ne l’emmène.

C’est un fourbe.

PASCALE

Comment?

SGANARELLE, bas.

A plus d’une douzaine...

( haut, se voyant observé par D. Juan. )

Ah! l’honnête homme! Allez, votre fille aujourd’hui Aurait eu beau chercher pour trouver mieux que îui. H a de l’amitié... Croyez-moi, qu’une femme Sera la bien... Et puis il la fera grand’dame.

D. JUAN , à Léonor.

Ne nous arrêtons point, ma belle; j’aurais peur

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