‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 65 sur 417 · ACTE. I, SCÈNE L · texte numérisé non relu

ACTE. I, SCÈNE L

Voudra servir d’idole à son zèle charmé1.

Mais sais-tu sous quel nom ce fâcheux bruit s’excite3?

CRISPE

11 nomme Héraclius celui qu’il ressuscite.

PIIOCAS.

Quiconque en est l’auteur devait mieux l’inventer Le nom d’Héraclius doit peu m’épouvanter ;

Sa mort est trop certaine , et fut trop remarquable Pour craindre un grand effet d’une si vaine fable.

11 n’avait que six mois; et, lui perçant le flanc,

On en fit dégoutter plus de lait que de sang ;

Et ce prodige affreux, dont je tremblai dans l’ame,

Fut aussitôt suivi de la mort de ma femme.

11 me souvient encor qu’il fut deux jours caché ,

Et que sans Léontine on l’eût longtemps cherché *.

11 fut livré par elle , à qui , pour récompense ,

Je donnai de mon fils à gouverner l’enfance ,

Du jeune Martian , qui , d’âge presque égal ,

Était resté sans mère en ce moment fatal.

Juge par là combien ce conte est ridicule.

CRISPE

Tout ridicule il plaît, et le peuple est crédule :

Mais avant qu’à ce conte il se laisse emporter,

11 vous est trop aisé de le faire avorter.

Quand vous fîtes périr Maurice et sa famille ,

J1 vous en plut, seigneur, réserver une fille,

Et résoudre dès lors qu’elle aurait pour époux Ce prince destiné pour régner après vous.

Le peuple en sa personne aime encore et révère Et son père Maurice et son aïeul Tibère ,

Et vous verra sans trouble en occuper le rang,

S’il voit tomber leur sceptre au reste de leur sang.

Non , il ne courra plus après l’ombre du frère ,

S'il voit monter la sœur dans le trône du père.

Mais pressez cet hymen : le prince aux champs de Mars,

• Quelles expressions forcées* Pour sentir à quel point tout cela est mal écrit, mettez en prose, ces vers : Le peuple est impatient de se laisser séduire au premier imposteur armé pour me détrôner, qui , s’osant revêtir d’un fantôme aimé, voudra servir d’idole à son zèle charmé. (Y.)

a Un bruit ne s’excite point sous un nom. Qu’il est dilficilc ae parler en vers avec justesse! mais que cela est nécessaire! (V.)

so

HÊRACLJUS.

Chaque jour , chaque instant , s’offre à mille hasards; Et , n’eût été Léonce , en la dernière guerre ,

Ce dessein avec lui serait tombé par terre ,

Puisque , sans la valeur de ce jeune guerrier ,

Martian demeurait ou mort ou prisonnier.

Avant que d’y périr , s’il faut qu’il y périsse ,

Qu’il vous laisse un neveu qui le soit de Maurice,

Et qui , réunissant l’une et l’autre maison ,

Tire chez vous l’amour qu’on garde pour son nom1. phocas.

Hélas! de quoi me sert ce dessein salutaire,

Si pour en voir l’effet tout me devient contraire? Pulchéric et mon fils ne se montrent d’accord Qu’à fuir cet hyménée à l’égal de la mort ;

Et les aversions entre eux deux mutuelles Les font d’intelligence à se montrer rebelles.

La princesse surtout frémit à mon aspect ;

Et , quoiqu’elle étudie un peu de faux respect ,

Le souvenir des siens , l’orgueil de sa naissance, L’emporte à tous moments à braver ma puissance.

Sa mère , que longtemps je voulus épargner ,

Et qu’en vain par douceur j’espérai de gagner.

L’a de la sorte instruite ; et ce que je vois suivre Me punit bien du trop que je la laissai vivre.

crispe. 0 Il faut agir de force avec de tels esprits ,

Seigneur ; et qui les flatte endurcit leurs mépris.

La violence est juste où la douceur est vaine.

PIIOCAS.

C’est par là qu’aujourd’hui je veux dompter sa haine. Je l’ai mandée exprès, non plus pour la flatter,

Mais pour prendre mon ordre, et pour l’exécuter.

CRISPE

Elle entre.

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