‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 72 sur 417 · ACTE I. SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I. SCÈNE IV

loi

Cruel à la princesse, odieux à moi-même I Je te connais, Léonce , et mieux que tu ne crois ;

Je sais ce que tu vaux , et ce que je te dois.

Son bonheur est le mien, madame; et je vous donne Léonce et Martian en la même personne;

C’est Martian en lui que vous favorisez 1 .

Opposons la constance aux périls opposés.

Je vais près de Pliocas essayer la prière ;

Et si je n’en obtiens la grâce tout entière ,

Malgré le nom de père et le titre de fds ,

Je deviens le plus grand de tous ses ennemis,

Oui , si sa cruauté s’obstine à votre perte,

J’irai pour l’empêcher jusqu’à la force ouverte ;

Et puisse , si le ciel m’y voit rien épargner ,

Un faux Héraclius en ma place régner !

Adieu , madame.

PULCHÉRIE

Adieu, prince trop magnanime,

( Héraclius s’en va, et Pulchérie continue.)

Prince digne en effet d’un trône acquis sans crime t Digne d’un autre père. Ah , Phocas î ah , tyran î Se peut-il que ton sang ait formé Martian ?

Mais allons, cher Léonce, admirant son courage.

Tâcher de notre part à repousser l’orage.

Tu t’es fait des amis , je sais des mécontents ;

Le peuple est ébranlé, ne perdons point de temps;

L’honneur te le commande, et l’amour t’y convie.

MARTIAN

Pour otage en ses mains ce tigre a votre vie ;

Et je n’oserai rien qu’avec un juste effroi Qu’il ne venge sur vous ce qu’il craindra de moi.

N’importe ; à tout oser le péril doit contraindre.

Il ne faut craindre rien quand on a tout à craindre.

Allons examiner pour ce coup généreux

Les moyens les plus prompts et les moins dangereux.

* Cela veut dire, pour le spectateur, qu’Héraclius , cru Martian, volt dans Léonce un autre lui-même ; et cela veut dire aussi , dans L’esprit de l’auteur, que Léonce est le vrai Martian : c'est ce qui se débrouillera par la suite , et ce qui est ici un peu embrouillé ; mais un spectateur bien attentif peut aimer à deviner cette énigme. (V.)

Page 1