‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 85 sur 417 · ACTE II , SCÈNE VIL tir · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE VIL tir

Mais je tiendrais à crime une telle pensée.

Je me plains seulement d'une ardeur insensée ,

D’un détestable amour que pour ma propre sœur Vous-même vous avez allumé dans mon cœur.

Quel dessein faisiez-vous sur cet aveugle inceste*

LÉONTINE

Je vous aurais tout dit avant ce nœud funeste ;

Et je le craignais peu , trop sûre que Phocas ,

Ayant d’autres desseins, ne le souffrirait pas.

Je voulais donc, seigneur, qu’une flamme si belle Portât votre courage aux vertus dignes d’elle ,

Et que, votre valeur l’ayant su mériter,

Le refus du tyran vous put mieux irriter.

Vous n’avez pas rendu mon espérance vaine :

J’ai vu dans votre amour une source de haine;

Et j’ose dire encor qu’un bras si renommé Peut-être aurait moins fait si le cœur n’eût aimé.

Achevez donc , seigneur; et puisque Pulchérie Doit craindre l’attentat d’une aveugle furie L..

MÀRT1AN.

Peut-être il vaudrait mieux moi-même la porter A ce que le tyran témoigne en souhaiter : ■

Son amour, qui pour moi résiste à sa colère.

N’y résistera plus quand je serai son frère.

Pourrais-je lui trouver un plus illustre époux?

LÉONTINE

Seigneur, qu’allez-vous faire? et que me dites-vous ?

MARTIAN

Que peut-être, pour rompre un si digne hyménée,

J’expose à tort sa tête avec ma destinée,

Et fais d’Héraclius un chef de conjurés Dont je vois les complots encor mal assurés.

Aucun d’eux du tyran n’approche la personne;

Et quand même l’issue en pourrait être bonne,

Peut-être il m’est honteux de reprendre l’État 1 2 Par l’infàme succès d’un lâche assassinat;

Peut-être il vaudrait mieux en tête d’une armée

1 Elle veut parler du mariage proposé par Phocas; mais ce n’est pas là une aveugle furie. (V.)

2 On reprend la couronne, l’empire, mais non pas l’État; et Viswe bon ne est trop prosaïque. (V.)

U 6 HÉRACUUS.

l'aire parler pour moi toute ma renommée 1 * 3 ,

Et trouver à l’empire un chemin glorieux Pour venger mes parents d’un bras victorieux .

C’est dont je vais résoudre avec cette princesse ,

Pour qui non plus l’amour, mais le sang m’intéresse.

Vous, avec votre Eudoxe...

LÉONTINE

Ah! seigneur, écoutez.

MARTIAN

l’ai besoin de conseils dans ces difficultés ;

Mais , à parler sans fard , pour écouter les vôtres,

Outre mes intérêts , vous en avez trop d’autres.

Je ne soupçonne point vos vœux ni votre foi ;

Mais je ne veux d'avis que d’un cœur tout à moi.

Adieu,

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