ACTE II , SCÈNE VIL tir
Mais je tiendrais à crime une telle pensée.
Je me plains seulement d'une ardeur insensée ,
D’un détestable amour que pour ma propre sœur Vous-même vous avez allumé dans mon cœur.
Quel dessein faisiez-vous sur cet aveugle inceste*
LÉONTINE
Je vous aurais tout dit avant ce nœud funeste ;
Et je le craignais peu , trop sûre que Phocas ,
Ayant d’autres desseins, ne le souffrirait pas.
Je voulais donc, seigneur, qu’une flamme si belle Portât votre courage aux vertus dignes d’elle ,
Et que, votre valeur l’ayant su mériter,
Le refus du tyran vous put mieux irriter.
Vous n’avez pas rendu mon espérance vaine :
J’ai vu dans votre amour une source de haine;
Et j’ose dire encor qu’un bras si renommé Peut-être aurait moins fait si le cœur n’eût aimé.
Achevez donc , seigneur; et puisque Pulchérie Doit craindre l’attentat d’une aveugle furie L..
MÀRT1AN.
Peut-être il vaudrait mieux moi-même la porter A ce que le tyran témoigne en souhaiter : ■
Son amour, qui pour moi résiste à sa colère.
N’y résistera plus quand je serai son frère.
Pourrais-je lui trouver un plus illustre époux?
LÉONTINE
Seigneur, qu’allez-vous faire? et que me dites-vous ?
MARTIAN
Que peut-être, pour rompre un si digne hyménée,
J’expose à tort sa tête avec ma destinée,
Et fais d’Héraclius un chef de conjurés Dont je vois les complots encor mal assurés.
Aucun d’eux du tyran n’approche la personne;
Et quand même l’issue en pourrait être bonne,
Peut-être il m’est honteux de reprendre l’État 1 2 Par l’infàme succès d’un lâche assassinat;
Peut-être il vaudrait mieux en tête d’une armée
1 Elle veut parler du mariage proposé par Phocas; mais ce n’est pas là une aveugle furie. (V.)
2 On reprend la couronne, l’empire, mais non pas l’État; et Viswe bon ne est trop prosaïque. (V.)
U 6 HÉRACUUS.
l'aire parler pour moi toute ma renommée 1 * 3 ,
Et trouver à l’empire un chemin glorieux Pour venger mes parents d’un bras victorieux .
C’est dont je vais résoudre avec cette princesse ,
Pour qui non plus l’amour, mais le sang m’intéresse.
Vous, avec votre Eudoxe...
LÉONTINE
Ah! seigneur, écoutez.
MARTIAN
l’ai besoin de conseils dans ces difficultés ;
Mais , à parler sans fard , pour écouter les vôtres,
Outre mes intérêts , vous en avez trop d’autres.
Je ne soupçonne point vos vœux ni votre foi ;
Mais je ne veux d'avis que d’un cœur tout à moi.
Adieu,