‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 92 sur 417 · PHOCAS, EXUPÈRE, AMINTAS, MARTIAN, PULCHÉRIE, CRISPE · texte numérisé non relu

PHOCAS, EXUPÈRE, AMINTAS, MARTIAN, PULCHÉRIE, CRISPE

PHOCAS

Quel est votre entretien avec cette princesse?

Des noces que je veux 1 ?

MARTIAN

C’est de quoi je la presse,

PIIOCAS.

Et vous l’avez gagnée en faveur de mon fils?

MARTIAN

11 sera son époux , elle me l’a promis.

PHOCAS

C’est beaucoup obtenu d’une âme si rebelle.

Mais quand ?

MARTIAN

C’est un secret que je n’ai pas su d’elle.

PHOCAS

Vous pouvez m’en dire un dont je suis plus jaloux.

1 Ce mot noces est de la comédie , à moins qu’il ne soit relevé par quelque épithète terrible; le reste est très-tragique , et c’est ici que le grand intérêt commence. Le tyran a raison de croire que Martian son fils est Héraclius. Voilà Martian dans le plus grand danger, et l’erreur du père est théâtrale. (V.)

On dit qu’Héraclius est fort connu de vous :

Si vous aimez mon fils , faites-le-moi connaître.

MARTIAN

Vous le connaissez trop, puisque je vois ce traître.

EXUPÈRE

Je sers mon empereur, et je sais mon devoir.

MARTIAN

Chacun te l’avouera ; tu le fais assez voir.

PHOCAS

De grâce, éclaircissez ce que je vous propose.

Ce billet à demi m’en dit bien quelque chose ;

.Mais , Léonce, c’est peu si vous ne l’achevez.

MARTIAN

Nommez-moi par mon nom , puisque vous le savez ; Dites Héraclius ; il n’est plus de Léonce ;

Et j’entends mon arrêt sans qu’on me le prononce.

PHOCAS

Tu peux bien t’y résoudre après ton vain effort Pour m’arracher le sceptre et conspirer ma mort.

MARTIAN

J’ai fait ce que j’ai dû. Vivre sous ta puissance ,

C’eût été démentir mon nom et ma naissance,

Et ne point écouter le sang de mes parents ,

Qui ne crie en mon cœur que la mort des tyrans. Quiconque pour l’empire eut la gloire de naître Renonce à cet honneur s’il peut souffrir un maître : Hors le trône ou la mort , il doit tout dédaigner ;

C’est un lâche, s’il n’ose ou se perdre ou régner.

J’entends donc mon arrêt sans qu’on me le prononce Héraclius mourra comme a vécu Léonce,

Bon sujet , meilleur prince ; et ma vie et ma mort Rempliront dignement et l’un et l’autre sort.

La mort n’a rien d’affreux pour une âme bien née :

A mes côtés pour toi je l’ai cent fois traînée 1 ;

Et mon dernier exploit contre tes ennemis Fut d’arrêter son bras qui tombait sur ton fils.

PHOCAS

Tu prends pour me toucher un mauvais artifice ? .

‘On voit la mort, on l’affronte, on la brave ; on ne la Irai

,2 On ne prend point un artifice. (V.)

Page 1