‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 93 sur 417 · ACTE III, SCÈNE il · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE il

Héraclius n’eut point de part à ce service;

J’en ai payé Léonce, à qui seul était dù L’inestimable honneur de me l’avoir rendu.

Mais, sous des noms divers à soi-même contraire,

Qui conserva le fils attente sur le père;

Et, se désavouant d’un aveugle secours 1 ,

Sitôt qu’il se connaît il en veut à mes jours.

Je te devais sa vie , et je me dois justice.

Léonce est effacé par le fils de Maurice.

Contre un tel attentat rien n’est à balancer ,

Et je saurai punir comme récompenser.

MARTIAN

Je sais trop qu’un tyran est sans reconnaissance Pour en avoir conçu la honteuse espérance ;

Et suis trop au-dessus de cette indignité Pour te vouloir piquer de générosité.

Que ferais-tu pour moi de me laisser la vie 2 ,

Si pour moi sans le trône elle n’est qu’infamie?

Héraclius vivrait pour te faire la cour!

Rends-lui, rends-lui son sceptre , ou prive-le du jour.

Pour ton propre intérêt sois juge incorruptible 3 :

Ta vie avec la sienne est trop incompatible ;

Un si grand ennemi ne peut être gagné ,

Et je te punirais de m’avoir épargné.

Si de ton fils sauvé j’ai rappelé l’image.

J’ai voulu de Léonce étaler le courage,

Afin qu’en le voyant tu ne doutasses plus Jusques où doit aller celui d’Héraclius.

Je me tiens plus heureux de périr en monarque ,

Que de vivre en éclat sans en porter la marque ;

Et puisque, pour jouir d’un si glorieux sort,

Je n’ai que ce moment qu’on destine à ma mort ,

Je la rendrai si belle et si digne d’envie ,

Que ce moment vaudra la plus illustre vie.

M’y faisant donc conduire , assure ton pouvoir,

Et délivre mes yeux de l’horreur de te voir.

1 On désavoue un secours qu’on a donné , on dément sa conduite , on se rétracte , etc. ; mais on ne se désavoue pas : désavouer n’est poin un verbe réciproque/, et n’admet point le de. (V.)

2 C’est un solécisme ; il faut : en me laissant la vie. (V.)

3 Incorruptible n’est pas le mot propre ; c’est inexorable. (V.)

\2fi

piiocas.

Nous verrons la vertu de cette âme hautaine.

Faites-le retirer en la chambre prochaine.

Crispe; et qu’on me l’y garde, attendant que mon choix * Pour punir son forfait vous donne d’autres lois.

MARTIAN , à Pulchérie.

Adieu , madame , adieu ; je n’ai pu davantage.

Ma mort vous va laisser encor dans l’esclavage : l.e ciel par d’autres mains vous en daigne affranchir !

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