‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 95 sur 417 · ACTE 111, SCÈNE Ilf · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE Ilf

Sans te nommer ingrat , sans trop le nommer traître ,

De tous deux , de soi-même il s’est montré le maître;

Et dans cette surprise il a bien su courir A la nécessité qu’il voyait de mourir.

Je goûtais cette joie en un sort si contraire.

Je l’aimai comme amant, je l’aime comme frère;

Et dans ce grand revers je l’ai vu hautement Digne d’être mon frère, et d’être mon amant.

PHOCAS

Explique, explique mieux le fond de ta pensée;

Et , sans plus te parer d’une vertu forcée .

Pour apaiser le père , offre le cœur au fils ,

Et tâche à racheter ce cher frère à ce prix.

Crois-tu que sur la foi de tes fausses promesses Mon âme ose descendre à de telles bassesses ?

Prends mon sang pour le sien ; mais , s’il y faut mon cœur, Périsse Héraclius avec sa triste sœur î

PHOCAS

Eh bien ! il va périr ; ta haine en est complice.

PULCHÉRIE

Et je verrai du ciel bientôt choir ton supplice.

Dieu , pour le réserver à ses puissantes mains ,

Fait avorter exprès tous les moyens humains ;

Il veut frapper le coup sans notre ministère.

Si l’on t’a bien donné Léonce pour mon frère ,

Les quatre autres peut-être, à tes yeux abusés.

Ont été comme lui des Césars supposés.

L’État , qui dans leur mort voyait trop sa ruine ,

Avait des généreux autres que Léontine ; ils trompaient d’un barbare aisément la fureur,

Qui n’avait jamais vu la cour ni l’empereur.

Crains , tyran , crains encor tous les quatre peut-être :

L’un après l’autre enfin se vont faire paraître 1 ;

Et, malgré tous tes soins , malgré tout ton effort,

Tu ne les connaîtras qu’en recevant la mort.

Moi-même , à leur défaut , je sefai la conquête De quiconque à mes pieds apportera ta tête ;

•On se fait voir, on ne se fait point paraître; la raison en est évidente : c’est qu’on paraît soi-méme, et que ce sont les autres qui vous voient. (V.)

L’esclave Je plus vil qu’on puisse imaginer Sera digne de moi, s’il peut t’assassiner.

Va perdre Héraclius, et quitte la pensée Que je me pare ici d’une vertu forcée ;

Et, sans m’importuner de répondre à tes vœux,

Si tu prétends régner, défais-toi de tous deux.

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