PHOCAS, EXUPÈRE , AM1NTAS
piiocas.
.l’écoute avec plaisir ces menaces frivoles 1 ;
Je ris d’un désespoir qui n’a que des paroles;
Et, de quelque façon qu’elle m’ose outrager,
Le sang d’Héraclius m’en doit assez venger.
Vous donc , mes vrais amis, qui me tirez de peine ,
Vous , dont je vois l’amour quand j’en craignais la haine » , Vous, qui m’avez livré mon secret ennemi,
Ne soyez point vers moi fidèles à demi ;
Résolvez avec moi des moyens de sa perte :
La ferons-nous secrète , ou bien à force ouverte? Prendrons-nous le plus sûr, ou le plus glorieux?
EXUPÈRE
Seigneur, n’en doutez point, le plus sûr vaut le mieux;
Mais le plus sûr pour vous est que sa mort éclate ,
De peur qu’en l’ignorant le peuple ne sc flatte,
N’attende encor ce prince , et n’ait quelque raison De courir en aveugle à qui prendra son nom.
PHOCAS
Donc , pour ôter tout doute à cette populace ,
‘Cette scène est adroite. L’auteur a voulu tromper jusqu'au speeta. teur , qui ne sait si Exupère trahit Phocas ou non ; cependant un peu de réflexion fait bien voir que Phocas est dupe de cet officier. Les trois principaux personnages de cette pièce, Phocas, Héraclius et Martian , sont trompés jusqu’au bout : ce serait un exemple très-dangereux à ûniter. Corneille ne se soutient pas seulement ici par l’intrigue, mais par de très-beaux détails. Toutes les pièces que d’autres auteurs ont faites dans ce goût sont tombées à la longue. On veut de la vraisemblance dans l’intrigue, de la clarté, de grandes passions, une élégance continue. (V.)
-Pourquoi craignait-il la haine d’Amintas? et s’il a craint la haine d’Exupère , dont il a fait tuer le père , pourquoi se fie-t-il à cet Exupère ?