‹ Théâtre de Pierre et de Thomas CorneilleChapitre 97 sur 417 · ACTE 111, SCÈNE IV. m · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCÈNE IV. m

Nous enverrons sa tête au milieu de la place.

EXIJ PÈRE.

Mais si vous ia coupez dedans votre palais,

Ces obstinés mutins ne le croiront jamais;

Et, sans que pas un d’eux à son erreur renonce,

Ils diront qu’on impute un faux nom à Léonce,

Qu’on en fait un fantôme afin de les tromper,

Prêts à suivre toujours qui voudra l’usurper.

PHOCAS

Lors nous leur ferons voir ce billet de Maurice.

EXUPÈRE

Ils le tiendront pour faux , et pour un artifice :

Seigneur, après vingt ans vous espérez en vain Que ce peuple ait des yeux pour connaître sa main.

Si vous voulez calmer toute cette tempête ,

Il faut en pleine place abattre cette tête ,

Et qu’il die , en mourant , à ce peuple confus :

« Peuple, n’en doute point, je suis Iléraclius. «

PHOCAS

Il le faut , je l’avoue ; et déjà je destine A ce même échafaud l’infâme Léontine.

Mais si ces insolents l’arrachent de nos mains?

EXUPÈRE

Qui Posera, seigneur?

PHOCAS

Ce peuple que je crains.

EXUPÈRE

Ah ! souvenez-vous mieux des désordres qu’enfante Dans un peuple sans chef la première épouvante.

Le seul bruit de ce prince au palais arrêté Dispersera soudain chacun de son côté ;

Les plus audacieux craindront votre justice,

Et le reste en tremblant ira voir son supplice.

Mais ne leur donnez pas , tardant trop à punir,

Le temps de se remettre et de se réunir :

Envoyez des soldats à chaque coin des rues 1 ;

Saisissez l’Hippodrome avec ses avenues ;

1 Ce n’est pas ainsi qu’on exprime noblement les plus pentes choses et qu’un poüte , comme dit Boileau ,

Fait des plus secs chardons des lauriers et des roses. (V.)

IIÉRACLÏUS.

Dans tous les lieux publics rendez-vous le plus fort.

Pour nous , qu’un tel indice intéresse à sa mort ,

De peur que d’autres mains ne se laissent séduire,

Jusques à l’échafaud laissez-nous le conduire.

Nous aurons trop d’amis pour en venir à bout 1 ;

J’en réponds sur ma tête, et j’aurai l’œil à tout.

PHOCAS

C’en est trop , Exupère : allez, je m’abandonne Aux fidèles conseils que votre ardeur me donne :

C’est l’unique moyen de dompter nos mutins ,

Et d’éteindre à jamais ces troubles intestins.

Je vais, sans différer, pour cette grande affaire Donner à tous mes chefs un ordre nécessaire.

Vous , pour répondre aux soins que vous m’avez promis ; Allez de votre part assembler vos amis ,

Et croyez qu’après moi, jusqu’à ce que j'expire.

Ils seront, eux et vous, les maîtres de l’empire.

Page 1